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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 12:52

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Aujourd'hui paraît le premier Opus des toutes nouvelles éditions Tishina, fondées par Antoine Ullmann – directeur de publication et rédacteur en chef de la revue Dada, rachetée par les éditions Arola, du même, fin 2008 – et Jonathan Bay, son comparse – avec lequel il avait créé les éditions fantômes Bartle…by ? non, boom ! Bartleboom, du nom du personnage d'Océan mer du même Alessandro Baricco.

 

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Quinze ans après la parution de Soie, traduit de l'italien par Françoise Brun et dont il s'est vendu des centaines de milliers d'exemplaires, voici la première édition illustrée du roman de Baricco. Un projet initié il y a sept ans par les deux éditeurs.

Outre la belle histoire d'amour, le court roman avait frappé les esprits de par sa forme littéraire singulière. De récits identiques, au mot près, en autant d'allers et retours. Une lente procession, une litanie poésie, une partition musicale…

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Quelques adaptations théâtrales, un film réalisé en 2007 par le Canadien François Girard (avec Michael Pitt et Keira Knightley), mais pas d'édition illustrée… jusqu'à aujourd'hui. Après avoir décliné plusieurs offres, Alessandro Baricco a fini par accepter que son texte soit illustré quand on lui a proposé Rébecca Dautremer, dont il apprécie l'approche, la sensibilité et le talent.

 

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Rébecca Dautremer n'en est pas à son coup d'essai, elle a déjà publié une bonne dizaine d'albums, dont le très remarqué Princesses oubliées ou inconnues, qui a connu un immense succès. Avec sa gouache sur papier aquarelle, elle met en perspective, sonde les profondeurs, exprime les matières, les couleurs, la lumière. Et, chaque fois, une certaine tonalité. Ce n'est pas simplement une mise en images et en couleurs du texte. Ce dernier donne manifestement corps à un autre relief et suggère à l'illustratrice un subtil décalage. De nouveaux personnages surgissent ainsi au gré des illustrations toujours renouvelées. La chambre noire du photographe ?

 

On soulignera la qualité du papier et de l'impression. Quant à l'ingénieuse jaquette, dépliée, elle devient affiche, au recto comme au verso !

 

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Soie, texte d'Alessandro Baricco, illustrations de Rebecca Dautremer, Éditions Tishina, 2012, 27 €.

 

Deux soirées sont prévues autour du lancement de l'album, en présence de l'illustratrice :
• samedi 13 octobre à 16h à la librairie Le Divan – 203 rue de la Convention – 75015 Paris
• vendredi 19 octobre à 18h45 au temple Saint-Étienne – Place de la Réunion – 68100 Mulhouse
• du 14 au 16 décembre, des originaux de Soie seront exposés et mis en vente au Bastille Design Center, en partenariat avec la Galerie du 9ème art. Vernissage le 13 décembre de 18h à 22h

+ d'infos :
La page Facebook des éditions Tishina
Le site de l'illustratrice Rébecca Dautremer, diffusée par la galerie Jeanne Robillard
Un article entretien avec Rébecca Dautremer paru le 17 août 2012 dans El país (en espagnol)

Photos © éditions Tishina

 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 19:48

 
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Une ville apparaît, la forêt disparaît. À grands bruits, à un rythme effréné. L'endroit et l'envers du décor sont plantés.
Une petite église de brique rouge et un petit paresseux à crinière, deux points de repère, comme deux pôles, au sein d'un univers soumis à d'incessants bouleversements, comme déboussolé.
 
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Hommes bâtisseurs, hommes destructeurs. Fascination, aberration. Comment maintenir l'équilibre, la juste proportion ? Comment ralentir la course ?
 
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L'album pop-up Dans la forêt du paresseux, de Boisrobert et Rigaud, réalisé sous la direction artistique de Gérard Lo Monaco, est à nouveau disponible depuis quelques jours, après de longues semaines de rupture de stock.
Plus encore que dans leur premier album Popville, remarqué en 2009, Anouk Boisrobert et Louis Rigaud jouent ici avec magestria sur les couleurs, les volumes, la découpe et le pliage. Un album foisonnant, sur la déforestation et la menace d'extinction qui pèse sur le paresseux à crinière du Brésil.
 
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Si les toucans peuvent s'envoler vers d'autres cieux, le paresseux à la lenteur légendaire semble bien incapable de se lever et de marcher pour assurer sa propre survie. Pourtant, toujours il sourit…
 
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Non, concevoir deux albums en dyptique n'est certainement pas un péché capital !

• Popville, d'Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, texte de Joy Sorman, Hélium, 2009, 14,90 €
• Dans la forêt du paresseux, d'Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, texte de Sophie Strady, Hélium, 2011, 15,90 €.
 
 
En novembre dernier, la maison d'édition Hélium – fondée en 2008 et qui a bâti un catalogue de 70 titres en seulement trois ans, sous la houlette de la fondatrice Sophie Giraud et de l'éditrice Gilberte Bourget, grâce notamment à la coédition internationale – a été rachetée par le pôle jeunesse d'Actes Sud, dirigé par Thierry Magnier.

+ d'infos :
Pour en savoir plus sur la genèse de ces deux albums, et les secrets de leur fabrication, lire l'article de Pascal Broutin sur le blog du CDI de l'ÉSAAT.
Le site des éditions Hélium et le blog
Le site d'Anouck Boisrobert et son blog
Le site de Louis Rigaud
 
Photos ©Gone Fishing

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 18:44

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Boutique Matsumoto : katsuobushi (filets de bonites séchés) et shiitake (champignons séchés), Nawa, 1990

 

Qui n'a pas conservé au moins une fois un papier d'emballage parce qu'il était beau ? Renoncé à le jeter aux ordures ? Qui n'a pas acheté un produit en raison de son emballage ? Réutilisé un papier pour en revêtir un cadeau ?

Au Japon, emballer est tout un art, et tout y passe… On connaissait le furoshiki, l'art d'emballer avec du tissus, mais les papiers sont aussi de la partie.

 

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Confiserie Sen cho, « Les pluviers », Tôkyô, 1988                     Matsuzaki, « Le promontoire du pin », Tôkyô, 1981

 

Certains des papiers japonais de l'éphémère ont été collectés et sauvés de l'oubli depuis les années 60 par Suzanne Rambach, qui a étudié la calligraphie et les arts du quotidien avant de se spécialiser dans l'art du jardin japonais.

 

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Maison Toyômi, produits de la mer, Tôkyô, 1975                      Maison Sugiura, vente d'algues séchées nori, 1985

 

Des papiers pour offrandes, des papiers pour offrir. Des papiers pour emballer le salé, le sucré, les produits de la mer, le thé. Des emblèmes, des blasons. Des papiers qui créent l'identité visuelle des échoppes, magasins et autres grandes maisons japonaises.

 

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Magasin spécialisé dans les biscuits aux fruits de mer, Kita Kyûshû, 1961

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Magasin de thé Kanbayashi, Uji, 2004

papiers japonais05 Maison de thés Morihan, Kyôto, 1999

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Magasin de poupées traditionnelles Chikuzen, Hakata-Fukuoka, 1960

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Magasin de bureautique, Kyôto, 1960

 

Cultures croisées, graphies hétérogènes et parfois mêlées (hiragana, katakana, kanji et rômaji) ; on peut diversement écrire les signes, jouer sur les textures, la lecture de l'espace, l'économie de la feuille : ces papiers racontent, bavardent, initient le plus souvent un dialogue entre modernité et tradition.

 

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Magasin de coquillages, poissons caramel, Tôkyô, 1981         Maison Kibu, produits de la mer, Tôkyô, 1961

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Yuraku Food Center, département des thés, Tôkyô, 1988          Papier des librairies Iwai, Tôkyô, 1999

 

Les neuf parties qui composent les Petits papiers japonais de Suzanne Rambach nous invitent à déchiffrer la culture japonaise à travers l'art de ses mille et un papiers. Des introductions simples et concises permettent d'en comprendre l'histoire, les motifs, les enjeux ; les très belles reproductions de papiers de toutes sortes sont assorties de légendes bien renseignées.

 

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Sachet de sômen, Uchitomi, 1995             Sachet de nouilles kishimen, 1995             Hana Kurama, sachet, Nagoya, 2000

 

On y apprend l'art des offrandes et des cadeaux, l'art des gohei, l'art culinaire… L'essentiel sur les principaux gâteaux traditionnels ou wagashi (ame, manjû, mochi, yakigashi, yôkan), les condiments et les nouilles (tsukemono, miso, men, udon, soba, sômen, senbei), les bentô, les mets de la mer (kamaboko, katsuobushi, kombu, nori, tsukudani), les différents thés et leur culture, mais aussi les mingei ou objets de l'artisanat…

 

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Papier de la chaîne de magasins Seibu, Tôkyô, 1980              Magasin de jouets Kintarô, à Ginza, Tôkyô, 1962

 

La maquette élégante rend la lecture vraiment plaisante et efficace. Une mise en bouche ? Un régal ! Un seul regret, peut-être, l'absence d'un glossaire qui aurait permis au lecteur de butiner plus aisément d'un papier à l'autre. Et une bibliographie qui aurait gagné à être plus sélective.


À se procurer, donc : Petits papiers japonais, Éditions Philippe Picquier, 2011, 236 pages, 19,50 €

Autres ouvrages de Suzanne et Pierre Rambach :
Jardins de Longévité : Chine-Japon, Skira, 1987, 231 pages.
L'Art de dresser les pierres, Hazan, 2005, 193 pages et 1 cédérom.
Le Livre secret des jardins japonais, Skira, 1973, rééd. 2008, 272 pages.


Illustrations de Pierre et Suzanne Rambach


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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 09:53

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Pour leur troisième opus, le duo accordé Kamel Khélif et Nabile Farès s'attaquent à l'Algérie noire des années 90, et à un pays au lourd passé, à travers l'histoire tragiquement banale – un fait-divers relaté une première fois dans la revue Le Cheval sans tête – d'une jeune femme, Yemna, qui assiste avec sa fille à l'assassinat d'un couple dans l'école arabo-française d'un village de montagnes du Titteri, la zaouïa de Madala, au sud d'Alger.


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Derrière le chaos et la rupture, l'effacement, le glissement, la mémoire sont au travail – entre deux moments de silence, quand se tournent les pages d'un livre, quelque part, ailleurs. Une fumée qui se fraye un passage dans le noir…

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Kamel Khélif dessine depuis toujours la ville et son quotidien : les terrains vagues, la cité, les usines, les docks – des lieux de transit à visages multiples, flottants, mouvants, déroutés, transposés, qui sont, comme les êtres qui les traversent, une mémoire vivante, polyphonique, à la fois solitaire et anonyme.
 
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Une parabole, une allégorie qui aborde les thèmes de l'exil, du déracinement, de l'identité, mais aussi de la mémoire métamorphe et de l'exploration de soi par les chemins de traverses. Par le biais de son travail figuratif, Kamel Khélif cherche sur le papier un espace et un temps à habiter, dans un va-et-vient incessant, entre ici et là-bas, avant et maintenant, présence et absence.

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Fusains, mine de plomb, encre de Chine, peinture à l'huile, rotring… Son dessin est noir, grisaillant, flouté, estompé à l'image des souvenirs. C'est un travail approfondi du noir et blanc, tout en strates, où l'esthétique se mêle à la matière, où les taches se font empreintes, traces indélébiles, où les traits sont autant de déchirures, de cicatrices.

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Un dessin à la Breccia (dont l'éditeur du présent opus, Rackham, a publié notamment Les Mythes de Cthulhu d'après Lovecraft), un travail assez proche de celui d'Olivier Bramanti (publié, comme Farès et Khélif, par Amok). Pour transmettre l'inexprimable, l'indicible, l'invisible ; l'appréhension, l'angoisse, la terreur.

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Figurer le vide et le trop plein, un interstice laissé en blanc, comme en marge et avec force, un silence à habiter sur l'essence des choses et des êtres. Au-delà de la brume, porté par le vent…


Nabile Farès, né en 1940 à Collo, en Algérie, vit à Paris depuis 1964, date à laquelle Kamel Khélif, né à Alger en 1959, débarque au nord de Marseille, cité Bassens, à l'âge de 5 ans. Le premier, fils du président de l'exécutif provisoire algérien Abderrahmane Farès, est philosophe, psychanaliste et écrivain ; le second, qui fut travailleur social, se consacre  entièrement à son art.

La jeune femme et la mort, texte de Nabile Farès / Rackham, Le Signe noir, 2010, 56 pages, 22 €


De Kamel Khélif et Nabile Farès :
Les Exilées / Amok, 2001
La petite arabe qui aimait la chaise de Van Gogh / Fremok, 2002
 
De Kamel Khélif :
Homicide, scénario d'Amine Medjhoub / Z’éditions, 1995
Le Prophète, d’après Khalil Gibran / Z’éditions, 1999
Cité Bassens, Traverse de Mazout / Fremok, 2002
Ce pays qui est le vôtre / FRMK, 2003
Sur le chemin de la Madrague ville, texte et propos recueillis de Nora Mekmouche / Cris Écrits, 2007
I Live Here, ouvrage collectif sous la direction de Mia Kirshner, Pantheon Books, 2008
 
De Nabile Farès :
• L’Exil au féminin / L’Harmattan, 1992
• L’État perdu, précédé du Discours pratique de l’immigré / Actes Sud, 1982
• Le miroir de Cordoue / L’Harmattan, 1992
• L’ogresse dans la littérature berbère / Karthala, 1995
• Le Voyage des exils / La Salamandre, 1996
 
+ d'infos :
La page consacrée à  La jeune femme et la mort et à ses auteurs, sur le site des éditions Rackham
L'article de Cyril Anton, « Kamel Khélif : une histoire de Frontières et de Marges », et l'entretien de Kamel Khélif, sur le site de la galerie Alain Paire, où Kamel Khélif a exposé ses dessins en avril 2009
 
Illustrations ©Kamel Khélif et Nabile Farès / Rackham-Le Signe Noir, 2010

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 09:46

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Le dernier né de Kitty Crowther est un bijou de tendresse. Une belle leçon d'humilité aussi, pour les dieux que l'on nous montre souvent impitoyables et tout-puissants.

 

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Celui-ci se dit dieu parmi d'autres. Il montre ses prouesses au petit homme sans hésiter à le laisser, lui aussi, montrer ce qu'il sait faire. Un dieu qui prend le temps de s'amuser, de discuter et de répondre aux questions de ce drôle de compagnon. Le grand séduit par la repartie du plus petit, ce dernier étonné de voir à sa portée un dieu qu'il n'imaginait pas tout à fait ainsi…

 

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Les représentations du dieu métamorphe sont hilarantes et très réussies graphiquement. Les expressions, les couleurs sont parfaitement rendues : jusqu'au halo orange fluo qui entoure le dieu et rejaillit sur certains êtres vivants (malheureusement, contrairement au Saint Suaire, le scan n'a pas ici révélé la fluorescence de ce dieu de papier...).

 

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Cette relation fait évidemment penser à la relation parents-enfants, mais aussi à notre rapport envers tout ce qui nous dépasse : ce qu'on admire et ce qu'on ne peut pas expliquer.
 
Le style de Kitty Crowther est facilement reconnaissable, notamment par ses dessins aux crayons de couleur aquarellables. On retrouve encore beaucoup de son admiration pour Myazaki. Elle réussit pourtant à nous emmener, chaque fois, dans des histoires différentes. Tissant un fil conducteur cohérent à travers son œuvre maintenant conséquente (auteur-illustrateur de près de 20 albums en 16 ans), Kitty Crowther a publié là un de ses plus beaux albums.

C'est à ça qu'on reconnaît les passeurs d'histoires, les véritables conteurs, ceux qui nous embarquent avec eux dans leurs rêves et les font volontiers partager.

 

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Le petit homme et Dieu, Kitty Crowther / Pastel, École des loisirs, 2010 - 12€

 

Illustrations ©Kitty Crowther/L'École des loisirs


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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 09:41

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Monsieur Cloud, tout en rondeurs, les moustaches blanches en guise de baromètre, est un néphologue éminent : il étudie les nuages et leur formation. Fort de son expérience en ce domaine, doté en outre d'un esprit poétique, plein de malice et d'ingéniosité, il met au point une machine à nuages pour une fabrique de parapluies. Mais si les nuages s'accumulent rapidement dans le ciel comme un voile posé sur la ville, point de pluie ! Gustave Cloud est perplexe, il ne comprend pas. Les questions pleuvent, mais il ne trouve pas de réponse. Il cherche encore, s'interroge. Le ciel est bas, comme ses moustaches, il s'assombrit… Sa rencontre avec le petit nuage saura-t-elle lui redonner le sourire et, avec un soupçon de magie, le tirer de ce mauvais pas ? La bergère de Fabre d'Églantine finira-t-elle par faire son apparition ?

 

Bernard Roca Cloud2   Bernard Roca Cloud3

 

Un petit album méconnu de Fred Bernard et François Roca, paru au Seuil Jeunesse en 1999. On admire les plans cinématographiques, les cadrages, les perspectives architecturales – la maîtrise technique impressionnante, à nous faire regretter que François Roca n'offre pas plus d'albums en noir et blanc. Mais il faut beaucoup de patience, de temps et d'abnégation, sans doute, pour gratter l'encre de chine sur la plaque avec un tel soucis du détail. Des petites vignettes, toutes rondes elles aussi, à l'image du nuagiste, émaillent le texte – ce sont souvent des détails repris dans les illustrations de l'album, mais pas toujours. Qui cherche trouve !  Et Monsieur Cloud, très stylisé, reconnaissable entre tous, ressemble  étrangement au savant de La reine des fourmis a disparu (paru chez Albin Michel Jeunesse en 1996)…

 

Bernard Roca Cloud4   Bernard Roca Cloud5

 

Côté texte, on connaît les qualités de conteur de Fred Bernard. Le texte est court, mais il nous embarque d'emblée au gré de son imagination et parvient, ici encore, à nous surprendre. Poésie, humour, jeux de mots et pieds de nez sont au rendez-vous – toutefois, si le « Quand on veut, on pleut ! » est bien trouvé, on regrettera un peu sa répétition.

 

Un album en noir et blanc aux contours cotonneux, donc, qui fait  figure d'exception pour le duo Bernard / Roca si haut en couleurs.

 

Bernard Roca Cloud6

 

Monsieur Cloud nuagiste, Fred Bernard et François Roca / Le Seuil Jeunesse, 1999, 40 pages – malheureusement indisponible à ce jour.

 

Illustrations François Roca ©Le Seuil Jeunesse

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 13:36

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L'océan, un phare, un bateau, deux puis trois hommes. Qui n'a laissé son esprit s'évader à suivre l'évolution d'un goeland en plein vol ? L'oiseau tournoie dans les airs jusqu'à atteindre les hauteurs d'un phare perdu dans l'océan que va ravitailler un chalutier conduit par deux marins, dont le plus vieux entretient à destination de son jeune compagnon la légende de son mystérieux habitant.
 
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La curiosité de l'apprenti est piquée, comme celle du lecteur, mais le « monstre » se cache, qui du monde n'a jamais rien connu que les mots pointés au hasard, inlassablement, dans un vieux dictionnaire. Reclu dans son « vaisseau de granit » depuis sa naissance, il s'est inventé un monde de papier en noir et blanc où vogue et s'évade, en solitaire, son imagination…
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Une vie à tourner en rond sur son caillou, comme un poisson rouge dans son bocal…
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Très peu de mots, mais le langage subtil et poétique de l'océan et des corps. 19 séquences, de plans larges en plans serrés, des détails qui en disent long. Les forts contrastes entre les noirs et les blancs sont d'une grande densité.
 
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L'album est construit sur des riens, dans le silence. Un exercice très difficile où Chabouté ici excelle. Il embarque le lecteur à son bord et parvient à lui faire ressentir la solitude, la mélancolie, la détresse, la gravité, mais aussi la beauté de cet homme qui est aux portes du monde, sur la ligne d'horizon, pour lui inaccessible, des hommes. Une solitude qui peut être chaude et toute en rondeurs, ou tranchante comme la glace, des éclats de lumières jaillissant parfois soudainement des profondeurs de la nuit noire…
 
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Chabouté nous livre, avec Tout seul, un grand roman graphique.

 

Chabouté évoque Tout seul sur Culturebox

 

+ d'infos :
• Chabouté, Tout seul / Vents d'Ouest, 2008, 368 pages, 25 €.
• Une trentaine de planches originales de l'album sont en vente (300 à 400 €) à la Galerie Daniel Maghen, 47 Quai des Grands Augustins, 75006 Paris, ainsi que de nombreuses autres planches de Chabouté. On peut les voir et les réserver en ligne sur le site de la Galerie Daniel Maghen.
 
Images ©Vent d'Ouest

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 10:20

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Milimbo est une petite structure éditoriale espagnole de livres pour la jeunesse, créée en 2006 à Valence. Les titres qui figurent au catalogue (une petite dizaine) proposent une narration toute visuelle qui repose sur les multiples ressorts de la perception, de l'observation et de l'imagination.

 

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Y recuerda…  interprétation muette du Petit Chaperon rouge des frères Grimm

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Hansel y Gretel, interprétation muette du conte des frères Grimm

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Una Rubia de rusia, interprétation du conte russe Boucle d'Or et les trois ours

 

Milimbo revisite les contes classiques, mais s'intéresse également aux menus accidents de la vie quotidienne. Chaque livre possède une identité forte, servie par une ligne graphique simple, élégante et soignée. Il y en a pour tous les goûts.

 

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La luna sabe a pescao

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Hueco, ou des arbres et des hommes…

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Dinero, avec Roger Omar, ou les rêves d'argent de jeunes enfants

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Cartes extraites de 2, jeu de cartes à symétries variables


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Image extraite de Pequeños sucesos 

 
Milimbo réalise aussi des montages ludiques avec du papier et du carton, des collages et autres compositions. Il s'agit toujours de donner à iire les formes et les couleurs, pour les interpréter, les emboîter ou tout simplement les rêver…

 

         Milimbo_case1.jpg     Milimbo_incontinence.jpg   Milimbo_collage1-copie-1.jpg

     Milimbo_photogramme1.jpg  Milimbo_roto.jpg

Milimbo lilliput   Milimbo_lilliput2.jpgInterprétation des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift

      Milimbo_seul2.jpg     Milimbo_tangente.jpg

  Salto et Tangente

 

Les livres, ne possédant pas de numéro ISBN, ne peuvent être commercialisés par les voies habituelles et restent malheureusement très confidentiels. On peut toutefois se les procurer sur Etsi et la Rara.

 

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+ d'infos :
Le site et le blog de Milimbo
 
Images ©Milimbo

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 16:43

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Un homme, assis le dos courbé au bout de son immense lit, lace sa chaussure… en une cinquantaine de variations. Variations de lumières, de teintes, de colorations, de densité – à l'image de nos humeurs – entrecoupées de pages monochromes, comme autant de silences et d'attentes quand la nuit s'estompe, quand point le jour qui bientôt fera place à une autre nuit.

 

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Cheminement intérieur aux premières lueurs de l'aube, quand pensées et sensations affluent et refluent avec leurs flots de rêves éveillés, d'angoisses sourdes, de questionnements abyssaux, mais aussi avec les promesses que recèle le nouveau jour naissant.

 

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Instant intime entre tous où l'on s'efforce de rassembler ce que la nuit a dispersé, de se recentrer, de se réapproprier la vie.

 

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Une chambre, un lit, comme un espace poétique à la puissance évocatrice infinie.


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Lorenzo Mattotti, Al finire della notte / Tricromia, t/05, 2006, 64 pages, 14 €

Des planches originales sont en vente chez Tricromia (150 €) et à la galerie Martel (600 €)


Illustrations ©Lorenzo Mattotti

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 12:31

Pagni Dactylo6

 

Gianpaolo Pagni aurait pu passer sa vie derrière un bureau de secrétaire comptable... À l'automne 1984, l'adolescent pousse la porte de l'Istituto Tecnico Commerciale Vittorio Valletta (du nom de l'expert-comptable qui fut président de Fiat de 1945 à 1966) de sa ville natale, Turin, pour suivre des cours de comptabilité, sténographie et dactylographie.

Après plusieurs mois d'apprentissage d'un ennui terrible, il sait qu'il s'est fourvoyé et décide de s'inscrire à l'Institut d'Arts Visuels d'Orléans. Un grand écart salutaire. Après avoir obtenu son diplôme, il s'installe à Paris. À partir de 1995, il donne ses premières expositions personnelles de peinture à Fontenay-sous-Bois et à Paris, et publie ses deux premiers livres (Le Baudelaire, Mango Jeunesse, et Paroles d'harmonies, Albin Michel, 1998).

En 1999, retrouvant des pages d'exercices – « la poésie en était frappante » – il décide d'en faire un livre, comme pour comptabiliser ce moment d'égarement.

 

Pagni Dactylo1   Pagni Dactylo2

 

Choisissant des textes extraits de Dattilografia moderna de Flaviano Rodriguez, manuel paru en 1954 chez Mondadori (des exercices pour travailler l'agilité des mains, la méthode à dix doigts), Pagni réalise ses illustrations sur des feuilles vierges, mais aussi sur les pages d'exercices et les lettres administratives retrouvées, en jouant sur les textures du papier : mains aux doigts diversement positionnés sur des claviers imaginaires, empreintes, bobines d'encre, tampons dateurs, sceaux, ciseaux, pinceaux, etc.

 

Pagni_Dactylo4.jpg   Pagni Dactylo5

 

 

Le tout agencé de manière très colorée, très "musicale" – à chaque couleur correspond un ton, comme Pythagore, dont Pagni illustre la table à la fin de l'album, n'aurait pas manqué de le souligner...

 

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Dactylo ou journal d'un secrétaire comptable inachevé / Éditions du Rouergue, « Touzazimute », 2000, 34 p. 7,47 €

 

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