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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 19:18

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Olaus Magnus, issu d'une vieille et noble famille suédoise, est né à Linköping ou Skeninge en 1490. Il part en Allemagne de 1510 à 1517 suivre des études de théologie, puis voyage dans le nord du pays pour lutter contre l'hérésie et nouer des alliances pendant près d'une année, en 1518-1519, notant en chemin ses observations et réflexions sur la nature et les populations rencontrées.

 

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À son retour, ayant prononcé ses vœux, Olaus devient prêtre à Stockholm – où il assiste en 1520, impuissant, au bain de sang perpétré par le roi Christian II de Danemark qui décapite 90 membres du clergé suédois en représailles à un mouvement de révolte – puis archidiacre de la cathédrale de Strängnäs.

 

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Bois gravé d'Olaus Magnus représentant le bain de sang perpétré par les Danois à Stockholm en 1520.

 

En 1523, son frère Jean, de deux ans son aîné, est nommé archevêque de Suède à Uppsala par le roi Gustave I, qui envoie Olaus à Rome pour obtenir la bénédiction papale. Les bonnes relations que les Magnus entretiennent avec le roi Gustave Vasa se ternissent lorsque ce dernier introduit la foi luthérienne dans son royaume, allant jusqu'à rompre les liens avec le Pape en 1524 avant de convertir officiellement la Suède au luthéranisme (protestantisme) en 1527. C'est la Réforme, et les Magnus, qui refusent de renoncer au catholicisme, doivent s'exiler.

 

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Olaus, qui n'est pas rentré d'Italie, se voit retirer par le roi ses titres et confisquer ses biens restés en Suède. En mission diplomatique, il voyage durant une quinzaine d'années en Europe (Italie, Allemagne, Pays-Bas, Pologne) avant de s'établir définitivement à Rome avec son frère en 1539, se consacrant désormais à l'écriture de son livre et à la gravure sur bois. 

 

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La monumentale Carta Marina d'Olaus Magnus (1539)

 

Invité du prélat Hieronymus Quirinus, Olaus Magnus fait imprimer à Venise sa fameuse Carta Marina (Carta marina et descriptio septentrionalium terrarum ac mirabilium rerum) qu'il a mis près de douze ans à réaliser. Composée de 9 bois gravés de grande taille, elle mesure au total 1,75 m sur 1,25 m, et représente pour la première fois la Scandinavie sur toute sa hauteur, de la côte sud du Groenland aux pays baltes, incluant l'Islande et les îles du Nord (Féroé, Orcades, Shetland), la Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande.

 

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Carta Marina, détail de la côte balte

 

À une époque où la navigation et le commerce maritime sont au centre des préoccupations, Olaus Magnus renseigne pour la première fois cette région en donnant, par le biais des nombreux croquis qui émaillent sa carte, des indications géographiques et ethnographiques précieuses (les cartes de Nicolaus Germanus en 1482 et de Jacob Ziegler en 1532 étant fort incomplètes).

 

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Carta Marina, détail du nord de la Finlande

 

Surtout, il représente les eaux du Nord (et les monstres marins qui les habitent) en portant une attention toute particulière à la représentation graphique de l'océan qui se voit doté d'une "texture" pour aider à sa localisation : des traits horizontaux finement dessinés, et un ruban de motifs circulaires à l'est de l'Islande, là où les eaux chaudes du courant nord atlantique (prolongement du Gulf Stream) et les eaux glacées du nord se rejoignent.

 

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Carta Marina, détail de l'Islande

 

C'est sans doute de cette représentation de l'océan totalement inédite à l'époque que la carte de Magnus tient son nom. Deux exemplaires seulement de la Carta Marina ont été à ce jour conservés, l'un à Munich, l'autre à Uppsala.

 

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Olaus Magnus, Historia de Gentibus Septentrionalibus, Rome, 1555

 

Grand érudit à la curiosité insatiable, Magnus entreprend d'écrire une Historia de Gentibus Septentrionalibus ou Histoire des peuples du Nord. Lors de ses voyages, il a collecté et recueilli durant des années des informations sur les catholiques des contrés du Nord, pour faire découvrir aux Italiens les richesses que recèlent la terra incognita et les convaincre d'y encourager le christianisme contre le luthéranisme qu'il considère comme une calamité.

 

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Reprenant ses notations, y mêlant tout ce qu'il a lu et entendu, il décrit dans un latin simple et efficace la géographie, l'histoire politique et naturelle, le folklore local, les mythes et croyances, les conditions de vie matérielles et les coutumes des peuples nordiques en 22 livres et 476 chapitres, illustrant son propos de près de 470 gravures sur bois originales, dont une centaine sont reprises et retravaillées à partir de la Carta Marina, quelques autres trouvant leur source chez Holbein le Jeune et sa Bible illustrée de 1538, ou dans l'art populaire – une partie des bois gravés ont été réalisés avant l'écriture du texte.

 

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Le livre, imprimé par ses soins à Rome en 1555, est rapidement traduit, bien que partiellement, en français (1561), italien (1565), allemand (1567), anglais (1658) et néerlandais (1665). Mais fort curieusement, il faut attendre les années 1920 pour que les Suédois mêmes puissent en lire la version complète dans leur langue (4 volumes publiés entre 1909 et 1925).

Nommé par le Pape archevêque d'Uppsala à la mort de son frère en 1544, Olaus n'entrera jamais en fonction ; il est considéré comme le dernier archevêque catholique de Suède. De 1545 à 1549, mandaté par le pape Paul III, il participe au Concile de Trente. Il meurt en exil à Rome en 1557, deux ans après la parution de son Historia.

 

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Olaus Magnus, dont l'Historia a été longtemps la principale source de connaissances sur l'Europe du Nord, est aujourd'hui encore considéré comme l'un des plus grands historiens géographes de la Renaissance. Cartographe inspiré, géographe et ethnologue, Olaus Magnus est également un bon conteur et un formidable graveur sur bois. Le travail encyclopédique d'Olaus Magnus sur la Scandinavie et l'histoire des peuples du Nord – plus particulièrement sur la Suède et les Suédois – le premier du genre – a inspiré des générations d'historiens, ethnographes, écrivains et iconographes, à l'instar de Nicolas Bouvier.

 

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+ d'infos : 
• Olaus Magnus, Historia de Gentibus Septentrionalibus, Rome, 1555 / Description des peuples du Nord, Paris, 1561. On peut se procurer l'anthologie de 376 pages traduite du latin par Jean-Marie Maillefer et publiée par Les Belles Lettres en 2004. 30 €
• Lars Henriksson a légendé plus de 200 bois gravés tirés de l'Historia qu'il propose en haute définition sur son site.
• On recommande aussi la trentaine de détails de la Carta Marina et la centaine de bois gravés sur Wikimedia Commons.
• Outre ses propres travaux, Olaus Magnus a imprimé les deux ouvrages de son frère Jean Magnus, Historia de Omnibus Gothorum Sveonumque Regibus, Rome (1554) et Historia Metropolitana, seu Episcoporum et Archiepiscoporum Upsaliensium (1557).

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Illustrations libres de droit

 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 14:51

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Paul-Émile Pajot est né en 1873 à La Chaume (Vendée). Il est l'aîné d'une famille de cinq enfant. Lorsqu'il a 7 ans, une violente tempête touche plusieurs familles du village de pêcheurs, faisant 52 victimes et une centaine d'orphelins, parmi lesquels Paul-Émile – le corps de son père ne sera jamais retrouvé. Contraint d'aider sa famille à subvenir à ses besoins, Paul-Émile se fait mousse à l'age de 11 ans. Facsiné par la mer, il ne cessera de naviguer jusqu'à sa mort.

 

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Il réalise sa première peinture en 1893 : Le naufrage du Vinh-Long. En 1921, il est remarqué par le peintre Albert Marquet – sa première exposition parisienne aura lieu en 1925 à la Galerie Pierre ; le catalogue sera préfacé par Cocteau.

Mais Paul-Émile est surtout connu pour ses carnets. Cinq carnets tenus de 1900 à 1922 sous le nom "Mes aventures", dans lesquels défile son journal mais aussi les faits qui marquent son époque et l'esprit de l'auteur. Les événements qui ponctuent sa vie sont intimement mêlés aux dates qui ont fait l'Histoire. On y retrouve également quelques évocations émues de personnes et d'états d'âmes, ce qui rend cet original témoignage d'autant plus touchant.

En tout, 2500 pages manuscrites ornées de 1048 illustrations mêlant aquarelle, crayons de couleur, gouache et encre.

 

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La mère et la mer sont omniprésentes dans ses dessins, et cette dernière rythmera toute sa vie : après avoir englouti son père, elle le débauche dès l'âge de 11 ans pour l'embarquer à bord de chalutiers, sardiners et autres thoniers... Ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir son Certificat d'Études grâce aux cours du soir donnés par son instituteur.

 

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Exempté de guerre à cause d'une vue défaillante, il n'en relate pas moins les faits dans ses carnets, grâce aux quotidiens et revues de l'époque, allant parfois jusqu'à en interpréter les photos et illustrations. On a ainsi pu reconnaître sans peine certaines Unes du Petit Journal que Paul-Émile s'étaient réappropriées comme s'il avait personnellement vécu les faits relatés.

 

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Obsédé par la mer, les épopées, les "héros", les hommes glorieux et les figures militaires célèbres, il en fait les personnages récurrents de ses dessins. On ressent souvent sa fidélité au régime et son patriotisme zélé. Il est fasciné par les médailles qui symbolisent à la fois reconnaissance et gloire. Nombre de portaits-hommages figurent dans ses carnets.
    

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Figure de l'homme, souvent happé par la mer, figure du père ? La mort de son père hante les scènes de naufrage qui parsèment les carnets. La mer est une tombe mouvante où reposent les membres bénis de son père, comme il le dit lui-même, et il craint sa toute-puissance qui lui permet de disposer de la vie comme elle l'entend.

 

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Figures naïves et bateaux finement détaillés voguant sur des vagues dignes de Hokusai... Paul-Émile Pajot dresse un véritable imagier de la mer et des hommes qui l'empruntent. En bon écolier, d'une écriture régulière, concentrée et concernée, il retranscrit ces épopées et les catastrophes qui y sont liées.

 

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Chacun de ses carnets est divisé en chapitres, dont le sommaire est systématiquement affiché en tête.

Exemple : « Chapitre III. – Voyage à Talmont. – Je compte les aiguilles. – Regrets à mon père. – La Tempête. – Naufrages sur la côte. – Mort de mon père. – Désespoir. » Les carnets sont rangés méticuleusement dans une boîte gainée de cuir.

 

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Si les "aventures" recèlent une certaine poésie, l'application rigoureuse, voire scolaire, de Paul-Émile Pajot peut empêcher le lecteur d'entrer véritablement dans son univers. Pourtant, ce qu'on y voit intrigue, et exerce rapidement une forte fascination.

 

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Paul-Émile Pajot se marie en 1896 ; il aura sept enfants qui portent tous un prénom historique.

 

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En 1929, souffrant d'un affection pulmonaire, il sort s'oxygéner, il glisse sur les marches de sa maison et se fracture mortellement le crâne.

 

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Le journal de Paul-Émile Pajot a été acquis en 2006 par la Ville des Sables-d'Olonne ; il est conservé au département Marine du musée de l'Abbaye de Sainte Croix où l'on pourra se procurer plusieurs ouvrages et catalogues réalisés par Jean Huguet. On peut également y voir certaines de ses œuvres peintes, ainsi qu'à l'Écomusée de l'Île de Groix. 

La très bonne revue 303 a publié une belle sélection de fac-similés de ces carnets dans son numéro 102, entièrement dédié au journal de Paul-Émile Pajot (n°102, 2008, 30€).

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 09:26

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Couverture de Geoff Reeve pour le numéro 6 d'Archigram, 1965

 

Collectif anticonformiste de jeunes architectes anglais fondé en 1961 par Peter Cook, David Greene et Michael Webb, Archigram (architecture et télégramme) publie le premier numéro de sa revue sur une grande feuille de papier bon marché.

 

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Premier numéro d'Archigram, 1961

 

Son objectif : dénoncer l'urgence de sortir du conservatisme londonien en matière d'architecture. Au poème de David Greene – « Nous avons choisi de court-circuiter l'image déclinante du Bauhaus qui est une insulte au fonctionnalisme » sont associés des croquis de projets architecturaux acerbes de Peter Cook et Michael Webb.

 

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Couverture de Peter Taylor et page 2 du numéro 2, 7 pages et 1 double pliée, 1962


Rejoints par Warren Chalk, Dennis Crompton et Ron Herron, les six architectes publient l'année suivante un second numéro plus substantiel et de format plus classique : l'architecture traditionnelle polie s'est emparé du qualicatif du modernisme pour en trahir ses fondements mêmes.

 

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Couverture et pages 2 et 6 du numéro 3, sept pages agrafée sur papier jaune, 1963

 

La revue, de facture simple, adopte vite des couleurs pétantes, outrageantes (du jaune fluorescent au rose bonbon en passant par le bleu électrique ), s'inspire largement de la culture pop et des fanzines américains (les premières pages du numéro 4 sont entièrement réalisées sous forme de bande dessinée). La mise en page est très libre et inventive, la typographie travaillée. Chaque numéro est de ce seul point de vue, avant même l'intérêt que l'on peut porter à son contenu, fort attrayant.

 

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Couverture dessinée par Warren Chalk et page 10 du numéro 4, 20 pages, 1964

 

Au début des années 1960, le monde est en pleine effervescence : les avancées technologiques et la conquête de l'espace (la capsule Vostok de Gagarine s'élève dans l'espace, le Spoutnik est mis sur orbite, etc.) inspirent les rêves les plus fous… tandis que les Nouveaux Réalistes – Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg – s'exposent à New York… Et l'architecture donne forme et sens à ce qui jusqu'alors n'était que science-fiction.

 

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Pages 6 et 8 du numéro 4

 

C'est en 1963 qu'Archigram donne son premier manifeste, « Living City », à l'occasion d'une exposition à l'ICA (Institute of Contemporary Arts) de Londres. La ville, toute de technologie, apparaît comme un grand organisme unique, vivant, mouvant, un tout indissociable et malléable dans lequel les individus peuvent gagner leur liberté. Le projet futuriste paraît dans le troisième numéro de la revue.

 

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Couverture de Rae et Ben Fether, pages 3, 12 et 19 du numéro 5, 1964, 22 pages

 

La renommée d'Archigram croît rapidement. La revue, qui avait à ses débuts quelques centaines de lecteurs, se vend désormais à plusieurs milliers d'exemplaires. Car Archigram, c'est avant tout un état d'esprit, un enthousiasme, un optimisme. L'envie de donner à la ville une architecture nomade, alternative, plus humaine.

 

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Pages 4, 12 et 14 du numéro 6, 1965, 21 pages

 

« Tout est possible », proclame Archigram. En 1964, Ron Herron présente son projet « Walking City », une ville reptilienne dotée de pattes, libre de s'installer là où ses habitants le décident (dans le numéro 5) ; Peter Cook propose quant à lui « Plug-in City », une ville construite en modules reliés entre eux, libre de changer de visage grâce à un système de grues intégrées (dans le numéro 4) – Cook développera son projet avec « Plug-in University » en 1965.

 

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Page 17 du numéro 5

 

À partir de 1965, Ron Herron et Warren Chalk expérimentent, sous le nom de « Gasket House », les capsules à vivre ; ils étudient les moyens de les rendre isolantes et étanches. Ces expériences donnent naissance en 1966 aux projets « Living Pod » de David Greene et « Cushicle » de Michael Webb.

 

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Couverture, insert 1 (noir), 5 et 7 (bleus), 2 (bleu), et 4 (rouge) du numéro 7, 1966, 17 feuilles volantes

 

En 1968, le collectif frappe encore plus fort en proposant une métropole volante, « Instant City » ! Un projet de grande ampleur, sans doute le plus abouti du groupe.

 

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Page 5 du numéro 9, 1970

 

D'Archigram, seuls trois projets de Dennis Crompton et Ron Herron verront le jour en 1973 :  l'« Instant Malaysia » du Commonwealth Institute à Londres (avec Ken Allinson), un jardin d'enfants à Milton Keynes et… la piscine de Rod Stewart à Cranbourne Court dans le Berkshire (avec Diana Jowsey) !

 

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Couvertures des numéros 8 (1967, 16 doubles volantes recto-verso), 9 (1970, 11 pages sur papier couleur)
et 9 1/2 (1974, 2 pages en noir et blanc)

 

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Pages 3, 19, 17 et 6 du numéro 9

 

9 numéros Archigram auront paru entre 1961 et 1974, date à laquelle le collectif est dissout. Mais l'influence d'Archigram perdure – on citera notamment le Centre George Pompidou à Paris, crée par Richard Rogers et Renzo Piano entre 1971 et 1977.
 
En 1994, une exposition rétrospective de grande ampleur, Archigram Experimental Architecture, 1961-1974, organisée sous la houlette de Dennis Crompton, leur est consacrée à Vienne – l'exposition fera le tour du monde pendant plus de vingt ans ! En 2002, Peter Cook et David Greene reçoivent la médaille d'or du RIBA (Royal Institute of British Architects).
 
 
Bibliographie sélective :
• Peter Cook, Archigram / Studio Vista, 1972, réed. Princeton Architectural Press, 1999
• Ron Herron and Dennis Crompton, Archigram: Architecture Now / St Martins Press, 1980
• Herbert Lachmayer, A Guide to Archigram: 1961-1974 / Wiley-Academy, 1994
• Dennis Crompton, Concerning Archigram / Archigram Archives, 1999
• Sara S. Richardson, Peter Cook: Beyond Archigram: A Bibiliography / Vance Bibiliographies, 1999
• Simon Sadler, Archigram : Architecture without Architecture / The MIT Press, 2005
 
+ d'infos :
• Le site très très complet dédié à Archigram, The Archigram Archival Project, réalisé par EXP, groupe de recherches de l'Université de Westminster, où l'on peut consulter les 9 numéros de la revue (textes, images et vidéos) ICI, les archives de plus de 200 projets du groupe, les expositions et événements autour du groupe, les biographies et réalisations des six membres fondateurs, etc. Un site très ludique où l'on peut passer beaucoup, beaucoup de temps…
• Des t-shirts Archigram sont en vente à 22 € sur le site du japonais Design Tshirts Store Graniph

 

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Images Archigram Archival Project 2010 ©Project by Centre for Experimental Practice

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 08:23

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Vue intérieure d'une Rustica, La Mère Machine, 2009

 

Né en 1974 à Mendoza, l'auteur illustrateur argentin Sergio Aquindo s'installe en 2000 à Paris. Illustrateur pour la presse (Libération, Le Figaro et, plus régulièrement, Le Monde) et les revues (Le Tigre, XXI, Le Magazine littéraire, et plus récemment la revue Tango dont le premier numéro a paru en mai dernier), il publie son premier livres d'auteur, Les Jouets perdus de Romilio Roil, chez R de Réel en 2001 (réédité par L'Œil d'or en 2003).

 

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Motoneto, Roi, Robin Hood et Po-Pu, Les Jouets perdus de Romilio Roil, 2001

 

Passionné par l'essor industriel, Aquindo recueille et archive les plans et documents historiques relatifs à de folles inventions. Ainsi, il nous fait découvrir à travers ses croquis les jouets fantastiques inventés par Romilio Roil et les automates du génial Tulio Nicanor Tosco – tous deux broyés par la grande machine de l'industrie. Des inventions que le lecteur s'amuse à reconstruire mentalement à partir des croquis.

 

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Études pour Mère Machine

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Saut d'une Mère Machine, inspiré des chronophotographies de Robert Muybridge, 2006

 

Son deuxième livre d'auteur, La Mère machine, paraît en 2009 chez Rackham. Rustica, Discreta, Fantômère, Auxilia, Moderna, Robusta, Practica… il y en a vraiment pour tous les goûts. Les impressionnantes illustrations qui émaillent la biographie fictive de Tulio Tosco et de ses ateliers sont réalisées à l'aquerelle, encre de chine et crayon sur papier.

 

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Mère Machine Robusta et Mère Machine Auxilia, La Mère Machine, 2009

 

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Mère Machine Auxilia, La Mère Machine, 2009

 

L'univers mécanique surréaliste de Sergio Aquindo est empreint de poésie. On retrouve un peu de la fascination de Louis Poyet, de la science fictive de Pérec et de Borgès, des inventions farfelues de Carelman.

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Thermomètre de vies et Simulateur de poésie de Bíró, extraits de Conte Biancamano, janvier 1950,
textes et illustrations pour la revue Tango-Bar n°1, mai 2010

 

Qui laisse la place aux rêves…

 

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La texture des rêves, 2010

 

Dans un tout autre registre, Aquindo a illustré en 2005 une série de 15 livres d'artistes sur Les Rougets d'André Pieyre de Mandiargues pour le compte des éditions Fata Morgana. Exécutés directement sur le livre imprimé, les dessins sont réalisés aux tampons, à l'encre de chine et à l'aquerelle.

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Son troisième album, Harry and the Helpless Children, actuellement en préparation, devrait paraître à la fin de l'année.

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The Waiting Scenes I, recherches pour Harry and the Helpless Children, eau-forte sur zinc, 2009-2010 

 

 

Bibliographie :
Les Jouets perdus de Romilio Roil / R de Réel, 2001, 44 pages ; rééd. L'Œil d'or, 2003
Lexique érotique illustré, texte d'Alfred Delvau / L'Archange minautaure, 2005, 128 pages
Les Rougets, texte d'André Pieyre de Mandiargues / Fata Morgana, 2005, 20 pages
La Mère machine. L'histoire des Ateliers Tosco / Rackham, 2009, 110 pages

 

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Notes sur la Mère Machine, encre de chine et aquarelle sur papier, 2005-2006

 

+ d'infos :
Le blog de Sergio Aquindo illustrateur et la république de son double Chuki : Chuki dessinateur, les maîtres de Chuki, le spleen de Chuki où l'on peut découvrir des centaines de dessins, croquis et esquisses d'inspiration très diverses…

 

Images ©Sergio Aquindo

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 08:02

Grégoire Solotareff est un illustrateur très populaire et très prolifique : en 15 ans, pas moins de 130 livres à son actif, soit près d'une dizaine de titres par an !

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Il est né français en 1953 à Alexandrie, d'un père libanais médecin, Henry El-Kayem, et d'une mère franco-russe peintre et dessinatrice née à Choisy-le-Roi, Olga Solotareff. Son grand-père maternel n'est autre que Marc Solotareff, le célèbre architecte qui avait reçu le premier prix à l'Exposition universelle de 1937 pour la construction d'une passelle en bois armée de colonnes, et dont la notoriété avait dépassé les frontières françaises.

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Avec l'arrivée de Nasser au pouvoir, les Solotareff, victimes de la vague de haine anti-européenne, quittent l'Égypte en 1956 pour le Liban. Le père, qui avait été médecin du prince héritier et des hauts dignitaires égyptiens, ouvre son propre cabinet à Beyrouth. Les enfants sont élevés dans le bruit incessant des balles et des explositions, mais c'est une enfance heureuse. En 1960, la mère et les quatre enfants embarquent pour la France, via la Grèce, et s'installent en Bretagne dans la maison acquise avant la guerre par le grand-père. Le père les rejoint un an plus tard, francisant son nom El-Kayem en Lecaye. La famille part s'installer aux Mureaux, en région parisienne, où le père ouvre un cabinet de pédiatre.

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Éduqués par leur mère, qui a suivi l'école du Louvre, les quatre frères et sœurs passent beaucoup de temps à fabriquer des histoires et des livres. Grégoire Solotareff est scolarisé pour la première fois à l'âge de 12 ans, en classe de cinquième, au collège de Saint-Germain-en-Laye : considéré comme un étranger, c'est la première fois qu'il ressent la différence.  
Après avoir exercé la médecine générale à l'hôpital pendant près de dix ans, il se remet au dessin à la demande de son fils. Mais c'est la rencontre déterminante en 1985 de l'illustrateur Alain Le Saulx qui le décide, à 32 ans, à se consacrer exclusivement à l'illustration et aux récits pour les enfants. Les deux illustrateurs donneront Tom, le maxi imagier (Hatier, 1990) et Le petit musée (L'École des loisirs, 1992-2001).
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En 1985, sous la houlette d'Alain Le Saulx, Solotareff publie chez Hatier quatre livres de la série des Qui… ? (Qui flotte ? Qui nage ? Qui roule ? Qui vole ?) dans la collection « Hibou-Caribou » et ses deux premiers albums de la série Théo et Balthazar (Théo et Balthazar au pays des crocodiles et Théo et Balthazar dans l'île du Père Noël), à travers lesquels il rend un hommage appuyé et sensible au célèbre Babar de Jean Brunhoff qui a peuplé son enfance – 8 titres parus de 1985 à 1988.

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Couvertures des troisième et septième albums de la série parus chez Hatier en 1986 et 1988


Solotareff publie son premier album à L'École des loisirs, Une prison pour Monsieur l'Ogre, en 1986, et le célèbre Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin, l'année suivante.

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Couvertures des deux premiers albums parus à L'École des loisirs en 1986 et 1987


La parution et le succès incontestable de Loulou, en 1989, marque un véritable tournant. Son style s'affirme, sa peinture se concentre et prend de l'épaisseur, de la matière, à coups de grands aplats de couleur entourés de larges traits noirs. L'harmonie entre les couleurs, la dynamique du dessin, sa rapidité d'exécution, l'exagération et la liberté dans le trait, tout cela participe d'une véritable décision quant à l'impact visuel que l'illustrateur veut donner.

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Couvertures de Loulou (1989) et Le Masque (2001) parus à L'École des loisirs, études de loups


Les personnages et les thèmes sont récurrents : le père Noël, l'ogre, le loup, le loup surtout, ou encore le crocodile… Un grand bestiaire, une galerie de personnages ancrés dans notre culture qui font office en quelque sorte de déclencheurs d'imagination.

Solotareff_Portrait_chien.jpg Solotareff_Portrait_chien_bleu.jpg Solotareff_Portrait_chien2.jpg Solotareff_Portrait_elephant.jpg Solotareff_Portrait_elephant2.jpg

La rencontre de l'autre, l'amitié, l'amour, la solitude, la quête d'identité, l'exclusion et la différence – toute la gamme des émotions de l'enfant face à la vie est ici passée au crible.
Solotareff aime par-dessus tout, semble-t-il, travailler la double page – évitant ainsi la répétition, renforçant le propos.
L'histoire est écrite simplement pour donner la main au dessin, pour l'accompagner. Car les émotions doivent passer par la couleur et le dessin, et non par les mots qui, selon lui, les travestissent.

  Solotareff_Portrait_elephant3.jpgSolotareff_Portrait_grenouille.jpg Solotareff_Portrait_loup4.jpg Solotareff_Portrait_ours.jpg Solotareff_Portrait_vache.jpg

Solotareff suit ses envies et commence souvent ses histoires à partir d'un univers, d'une atmosphère générale. Il choisit un personnage, qu'il dessine, puis écrit l'histoire de ses aventures, qu'il découpe ensuite en séquences. Alors seulement sont créées, suivant cette chronologie, les images, l'une après l'autre.

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Solotareff_Contes.jpg   Solotareff garcons filles   Solotareff_Lapin_roulette-copie-1.jpg  

Couvertures d'albums parus à L'École des loisirs entre 1997 et 2005


Solotareff voue une grande admiration à Tomi Ungerer – notamment à l'audace, l'aisance et la grâce de son dessin (les 3 Sorcières de Solotareff font directement écho aux Trois Brigands d'Ungerer, jusque dans le choix des couleurs) – et à Saul Steinberg. Il apprécie aussi Maurice Sendak (qui influence sans doute Toi grand et moi petit), André François, Roland Topor ou encore Jean Fouquet, miniaturiste de la Renaissance.

Solotareff 3sorcieres    Solotareff_Moi_grand.jpg

Couverture des 3 Sorcières (1999) et étude pour Toi grand et moi petit (1996)


Si Solotareff a publié une cinquantaine d'albums en tant qu'auteur illustrateur, il a également collaboré avec sa mère Olga Lecaye et sa sœur Nadja, toutes deux illustratrices, à une vingtaine d'albums. Chez les Lecaye-Solotareff, les livres pour enfants sont une histoire de famille. Les livres, en vérité, puisque le frère aîné, Alexis Lecaye, publie des romans policiers au Masque (il est en fait surtout connu pour avoir créé pour la télévision les séries policières Julie Lescault et Rose et Val).

Solotareff_affiche2.jpg  Solotareff_affiche1.jpg   Solotareff_affiche5.jpg  Solotareff_affiche3.jpg

Affiches réalisées pour L'École des loisirs


En 1994, Solotareff crée la collection pour tout-petits « Loulou et Compagnie » à L'École des loisirs, qu'il continue de diriger. Les critères incontournables pour entrer dans la collection : la gaieté, l'humour, la clarté, l'étrangeté, et surtout une certaine intelligence interne, une personnalité singulière qui permet à un objet d'exister. Il faut que cela fonctionne. C'est une question de séduction plus que d'intention. Que veut dire ce livre ? Quelle est la question posée ? Parmi les auteurs qu'il publie, Solotareff avoue avoir une petite préférence pour le travail d'Alex Sanders…

Solotareff lithographie1   Solotareff Portrait chat question

Sérigraphie et étude de chat


De nombreux albums ont été adaptés au théâtre, et Solotareff lui-même expérimente depuis peu un autre moyen d'expression, le film d'animation, avec Loulou et autres loups, un film adapté de l'album et quatre courts-métrages écrits avec Jean-Luc Fromental en 2003. Mais c'est avec U qu'il donne sa pleine mesure en 2006.

Solotareff_affiche_loulou.jpg  Solotareff_Portrait_loup5.jpg  Solotareff_U.jpg  Solotareff_affiche-U.jpg 

Deux études et les affiches des films Loulou et autres loups (2003) et U (2006)


Loulou et autres loups, film d'animation de Gragoire Solotareff et Jean-Luc Fromental, réalisé par Serge Elissalde (Loulou) et Marie Caillou, François Chalet, Richard McGuire & Philippe Petit-Roulet (Autres loups), musique de Sansaverino, 26 min, Prima Linea Production, 2003. Extraits et infos ICI
U, film d'animation de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde, musique de Sanseverino, 1h15, Prima Linea Production, 2006. Extraits et infos ICI. Un interview de Jean-Philippe Guerand en novembre 2007 ICI

Solotareff lithographie3
+ d'infos :
Le site de Grégoire Solotareff (de nombreux dessins et esquisses, une dizaine de sérigraphies en vente à 100 et 200 €) 
• Bibliographie détaillée sur le site de Ricochet-Jeunes 
• Le long portrait vidéo de Grégoire Solotareff réalisé en 2009 par Patricia Delahaie, sociologue et journaliste spécialisée en psychologie de l'enfant, pour L'École des loisirs ICI
• Une exposition importante, Solotareff imagier, a été organisée au Centre de l'Illustration de Moulins du 12 avril à 18 octobre 2008 ; l'album a été édité par les édition MeMo.
• Un entretien dans Libération où Solotareff revient longuement sur l'histoire familiale ICI
• Le compte rendu d'une intervention de Solotareff au CRDP de Créteil en 2005 où l'illustrateur évoque son univers et son travail ICI

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Images ©Grégoire Solotareff et ©éditeurs pour les couvertures

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:52

peter-beard-12ans.jpg Peter Beard à 12 ans, un crapaud buffle sur la tête


Photographe et documentariste adepte de scrapbooking (ou trip booking, selon Andy Warhol), Peter Beard (né en 1938 à New York) recouvre depuis de nombreuses années ses carnets de photos entremêlées de notes et de dessins réalisés à l'aide de matières premières diverses, telles que sang d'animaux, sang humain ou encore exuvies de serpents.

peter-beard-book.jpg
Fils de très bonne famille, il commence son premier journal à 11 ans. Une activité qu'il exerce encore aujourd'hui.

Fortement marqué par la lecture d'Out of Africa, de Karen Blixen, il se rend en Afrique dès l'âge de 17 ans. À 23, il achète au sud du Kenya un terrain de 16 hectares qu'il baptise Hog Ranch. Le terrain est situé au pied des Ngong Hills, juste à côté de la propriété de Blixen, avec qui il entretiendra une profonde amitié. Son "ranch" est fait de tentes et de cabanes aux toits de chaume au milieu desquelles les animaux sauvages (phacochères, éléphants, léopards...) vivent en totale liberté.


Peter-Beard-Giraffes-1960.jpgGiraffes in mirage on the Taru Desert, Kenya, 1960
peter-beard-Serengeti-Lion.jpg Serengeti Lion, 1976/2006 


L'envie de photographier lui vient très tôt et la réalisation de ses carnets relève de l'instinct. Il a une vision très pragmatique de la photographie : « Je ne crois pas à l'instant décisif, j'appuie sans cesse sur le bouton jusqu'à ce que je trouve. »

 
peter-beard-homework-assignment.jpgHomework Assignment for Joseph Albers at Yale, 1959-1960
peter-beard-girl-chains.jpg Girl with Chains/Basketwood Diptych, 2006

 

Très proche de la nature, des animaux et des rites des tribus qui l'entourent, Peter Beard est aussi très mondain. À New York, il fréquentera Andy Warhol, Truman Capote, les Rolling Stones ou encore Salvador Dali. Ces rencontres influenceront fortement son travail dans les carnets déjantés qui reflètent sa vision du monde. On peut y trouver notamment son analyse du lien homme-animal. Passionné par l'œuvre de Francis Bacon, il finira par le rencontrer et les deux hommes noueront une solide amitié.

 

peter-beard-francis-bacon.jpgFrancis Bacon in his studio, 1972
peter-beard-lion-kill.jpg Nairobi, Kenya, Lion Kill, après 1960


Engagé, Peter Beard défend les espèces menacées et lutte contre les braconniers à l'aide de photos chocs. Un combat que l'on retrouve dans la plupart de ses livres. Sur la couverture du premier, The End of the Game, il confronte une femme noire à une immense défense ivoire d'éléphant – « La photo est un bon moyen de clouer l'erreur au pilori. » Il fera également toute une série de photos de carcasses d'animaux.


peter-beard-Carl-Sagan-croc.jpg Carl Sagan's Croc/ Alistair and 14 Footer, 1965/2008
peter-beard-capture-rhinoceros-1968.jpg Capture d'un rhinocéros, 1968

 

En 1969, surprenant un braconnier dans une réserve, il l'enferme dans son propre piège et le prend en photo. Plaintes et procès s'ensuivent, Peter Beard est bastonné, rasé et emprisonné 15 jours. À sa sortie, il est fêté en héros par la tribu de la réserve.


peter-beard_faye-tall.jpgFayal Tall, 1987/2008
peter-beard jenny jewellry Jenny and her Jewelry, 2005/2006peter-beard-iman-bowie.jpg À droite, Iman, qui deviendra une célèbre top model et la femme de David Bowie

Amateur de belles femmes, il est l'auteur de nombreux nus de la savane et ses photos sont très appréciées par le monde de la mode. Il a découvert plusieurs jeunes filles qu'il a présentées à des magazines de mode. Il a collaboré à Paris Match, Vogue, Vanity Fair, Architecture Digest... et les plus sérieux, The International Herald Tribune et The Times.


Peter-Beard-naomi-simms.jpgNaomi Simms on a Rudolf Croc, 1972

Sa fille Zara, qu'il a avec Najma Khanum (sa femme), naît en 1988. On la retrouve dans beaucoup d'œuvres de Peter Beard et il lui a consacré un livre : Zara's Tales : from Hog Ranch.


peter-beard-Last-word.jpg Last Word from Paradise, Nairobi, années 1990

En 1996, une femelle éléphant le charge violemment à plusieurs reprises. Il s'en sort avec cinq fractures du pelvis et une profonde entaille à la cuisse.


peter-beard-Reflections.jpg Reflections in Natural History, 1972/2004


Peter Beard continue aujourd'hui encore à mettre en garde l'homme contre son attitude destructrice et individualiste, par des moyens certes plus ou moins controversés (il est l'auteur du Calendrier Pirelli 2009). Ses détracteurs lui reprochent d'avoir trop joliment construit son personnage et de motiver son art par l'envie de provoquer. Il vit aujourd'hui entre Montauk (Long Island, USA, acheté en 1972) et Nairobi (Kenya).


peter-beard-carnets.jpg Peter Beard au milieu de ses carnets, années 2000
peter-beard-croco.jpg Peter Beard écrivant son journal dans la gueule d'un crocodile mort, 1965



« Fatigant mais attachant », disait de lui Karen Blixen…

Ses livres :
The End of the Game, Viking Press, New York, 1965. Édition revue et corrigée, The End of the Game : Last Word from Paradise, textes de J. Murumbi et R.M. Laws, Doubleday and Co, New York et Londres, 1977 ; rééd. Chronicle, San Francisco, 1989 ; rééd. Taschen, 2009 (disponible en français : La fin d'un monde)
Eyelids of Morning : the Mingled Destinies of Crocodiles and Men, New York Graphic Society, 1974 ; rééd. Chronicle, San Francisco, 1989
Longing for Darkness : Kamante's Tales from Out of Africa, Harcourt Brace, New York et Londres, 1975 ; rééd. Chronicle, San Francisco, 1990
The Art of the Masaï, textes de Gillies Turle, Alfred A. Knopf, New York, 1992
Diary Peter Beard, From a Dead Man's Wallet : Confessions of a Bookmaker, Libro Port Publish. Co., Tokyo, 1993

Ses films :
Longing for Darkness, 1975
The Bicentennial Diary, 1976
Africa : the End of the Game, ABC Usa, 1979
Japanese Long Line Tuna Fishing, ABC Usa, 1980
Last Word from Paradise ; with Peter Beard in Africa, ABC Usa, 1988
Montauk Diaries, Hight Definition TV, 1994

+ d'infos :
Son site
Peter Beard, Photo Poche n°67, 1997
Portrait de Peter Beard sur le blog de Pierre Assouline
Portfolio du magazine Photo, à l'occasion de ses 60 ans
 
Photos et carnets ©Peter Beard

 


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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 08:49

L'artiste italien Blu (né en 1981) sillonne depuis plus de dix ans les murs de la planète. Après avoir marqué de ses graffiti les murs de Bologne, sa ville natale, il troque le spray pour la peinture industrielle et les rouleaux, et collabore régulièrement avec Ericailcane.

 

Blu_Managua2005_1.jpg

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Murales de Octubre, Managua (Nicaragua), 2005

 

Depuis 2005, il est l'invité de nombreux festivals et voyage dans le monde entier : Nicaragua (Managua), Mexique, Guatemala, Costa Rica, Argentine (Buenos Aires), Pérou (Lima), Uruguay, Colombie (Bogota), Brésil (Rio), Angleterre (Londres), Espagne (Saragosse, Valence, Linares, Madrid, Barcelone), Allemagne (Berlin), Serbie (Belgrade), Pologne (Woclaw, Gdansk), République Tchèque (Prague), Italie (Milan, Grottaglie, Modène, Ancône, Florence, Turin, Vérone), Portugal (Lisbonne), etc.

 

     Blu_Verone2007.jpg  Blu TateModern

Vérone, 2007, et Londres (Tate Modern), 2008

     Blu_Linares2008_1.jpg  Blu_Berlin2007-copie-1.jpg

Linares, 2008, et Berlin, 2007


Blu propose un univers étrange, dérangeant et oppressant, mais il atténue fort heureusement sur ses murs peints le côté malsain et violent présent dans ses croquis qui trouvent leur inspiration presque exclusivement dans le suicide, l'automutilation, l'éviscération, la difformité, etc.
On peut être impressionné par l'aspect monumental de son projet, par ses prouesses qui relèvent souvent de l'acrobatie, par sa ténacité et sa patience à élaborer des fresques et des animations vraiment originales.

 

Blu_Bologne2007.jpg

Bologne, 2007

Blu_Grottaglie2009.jpg

Grottaglie, 2009

 

Si Blu réalise des animations dessinées, ce sont surtout ses animations de murs peints qui retiennent l'attention. Un véritable travail de fourmi : peindre, puis libérer le champ de la caméra, capter l'image, recouvrir le dessin pour en peindre un nouveau, et ainsi de suite, dessin après dessin, image après image, pour produire du mouvement, ses dessins recouvrant le plus souvent ceux des autres… Un travail laborieux, donc, qui dure plusieurs mois, sans compter les heures passées à réaliser le montage.

 

Muto, par Blu, assisté de Sibe, Buenos Aires et Baden, 2008. Musique : Andrea Martignoni. Production : Mercurio Film 

Combo, de Blu et David Ellis, New York, 2009. Musique : Roberto Lange. Production : Studio Cromie 

 

Après Muto et Combo, Blu vient de livrer sa dernière fresque animée : Big Bang Blu, ou une histoire non-scientifique de la création, de l'évolution et de ses conséquences. Quand l'imagination et le génie s'adaptent aux éléments…

 

Big Bang Big Boom, par Blu, 2010. Musique : Andrea Martignoni. Production : Artsh.it

 

Vidéographie :
• Animations (murs peints) : Fantoche (Baden, 2007), Letter A (2007), Walking (2007), Muto (Buenos Aires, 2008), Combo (avec l'artiste new-yorkais David Ellis, Grottaglie, 2009), Morphing (Gdansk, 2009), Big Bang Big Boom (2010).
• Autres animations : OK NO  (2001 et 2003), Child (2005), Fino ((2006), Ffwd (2006), La quiete (2007).

+ d'infos :
• Le site de Blu, très complet, construit à la manière d'un carnet de voyage, où l'on peut suivre l'évolution de son travail.
• Le film documentaire sur Blu réalisé par Lorenzo Fonda qui a suivi l'artiste du Mexique à l'Argentine, Megunica, 80 min, 2009
• La première monographie de Blu : Blu 2004-2007 / Studiocromie, 2008, 160 pages (80 dessins et 80 peintures murales), 24 €
• Pour les amateurs de dessins, 6 originaux numérotés et signés sont en vente chez Pictures on Walls (175 à 350 £) ; d'autres dessins seront bientôt proposés chez Artsh (actuellement en construction)
• Un article assez complet lui est consacré sur Wikipedia (en anglais)

Images et vidéos ©Blu

 
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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 09:20

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Anton Lavinski, 1926 : « Import-Export de l'URSS. » / Inconnu, 1925 : « Conseil fédéral de l'économie nationale. Augmentez la productivité ! »

Après les révolutions de février et octobre 1917, les bolcheviks mettent en place un système de propagande par l'affiche, destiné aux 150 millions de citoyens russes. Il s'agit avant tout d'illustrer la ferveur révolutionnaire et la foi en la construction d'une société nouvelle d'où seraient bannis l'illétrisme et le manque de soins.


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Inconnu, 1925 : « Contribuez-vous à l'éradication de l'illétrisme ? » / Vladimir Maïakovski et Stepanova Varvara, années 1920 : 
« L'économie paysanne apprend à lire. Apprenez à lire à vos enfants avec le manuel de Gosizdat. »

Informer, éduquer, convertir à l'idéologie communiste et à un État industriel moderne. Mais l'ordre des priorités est inversé lorsque le nouveau gouvernement doit faire face à la guerre civile en 1919, puis à la grande famine de 1920-1921 qui fera près de 5 millions de victimes. Contraint de libéraliser l'économie du pays, Lénine met en place en mars 1921 sa Nouvelle politique économique (NEP).



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Wladyslaw Strzeminski, Rosta, 1920 : « L'armée rouge combat héroïquement au front. La base arrière doit aider le front rouge. »
Vladimir Lebedev, Rosta, 1921 : « Notre rôle n'est pas de vous fournir un kilo de viande, le but de notre politique est de contraindre
les ennemis du peuple à le servir aveuglément ! »

 

Une vingtaine d'affiches, parfois tirées jusqu'à 50 000 exemplaires, sont créées chaque jour pour appuyer le gouvernement de Lénine et faire front contre les « Blancs ». Les artistes, encore assez libres, font leur propre révolution. Les « fenêtres Rosta » se développent rapidement, sous la houlette de Vladimir Maïakovski.


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Vladimir Maïakovski, Rosta, vers 1920 : « Vous ne pouvez pas pousser quelqu'un de force vers le paradis. / Nous élisons le comité
de village nous-mêmes. / Pour transformer les champs en paradis. / Nous élisons les comités de village ». Source IISH
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M. Cheremnykh, 1921, Rosta, quatre parties : « Pourquoi ces gens sont-ils malades ? / Leurs muscles sont mous comme de
la gelée ? / Lavez soigneusement le sol chaque jour. / Ne crachez pas par terre et faites de l'ordre ». Source IISH

Les célèbres affiches au pochoir, caricatures sous forme de bandes dessinées publiées par l'Agence télégraphique russe en charge de la diffusion des informations, sont placardées dans les rues avant d'être imprimées dans les quotidiens.


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Vladimir Maïakovski et Aleksander Rodtchenko, 1924 : « Lisez Molodaya Gvardia [La Jeune Garde]. »
A.Z. Blik, 1924 : « En un mot : abonne-toi à Urali'ski Rabochy [L'Ouvrier de l'Oural]. »

Inspirées de l'icône peinte et du loublok des contes populaires russes, l'affiche s'adresse à toutes les classes sociales et devient rapidement, de par son immense pouvoir graphique, un organe de propagande incontournable. Au début de la Première Guerre mondiale se développent parallèlement deux courants : le suprématisme initié par Kasimir Malevitch et le constructivisme inauguré par Vladimir Tatline à son retour de Paris où il a été fortement marqué par sa rencontre avec Picasso (adoptant la méthode cubiste, il intègre des fragments de matériaux hétérogènes et crée des structures en relief). Le premier groupe d'affichistes constructivistes est formé par Rodtchenko et les frères Stenberg. Leur propos : exprimer spatialement et matériellement la construction du socialisme par le biais de l'affiche de propagande inspirée du design industriel.


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Artistes inconnus, 1925 : « Pour un enfant sans foyer, l'orphelinat est aussi bien qu'une famille. » / « Voici les coupables des enfants
sans foyer. Le régime soviétique les a vaincus et mettra fin à cette négligence. »

En 1923, les constructivistes forment le « Front de gauche de l'art » et illustrent les couvertures de la revue LEF, coéditée par Maïakovski, par des photomontages : les images, choisies pour leur signification, le plus souvent découpées dans des livres ou des revues, sont sorties de leur contexte, collées et agencées de façon à proposer un sens inédit et inattendu.
Jusqu'en 1928, place est faite – dans une certaine mesure – à la liberté d'expression et à l'expérimentation, d'où la grande variété des styles graphiques. Les artistes ont recours au photomontage, aux compositions en perspectives et diagonales, aux contrastes des couleurs et des formes, à la répétition et à la fragmentation, très efficaces visuellement.


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Nikolaï Akimov, 1925 : « Lénine, pour combattre nos 10000 ennemis, nous devons mobiliser des millions de nouveaux combattants. »
El Lissitsky, 1927 : « L'industrialisation de l'URSS. »

En octobre 1928, Staline, qui a pris le pouvoir à la mort de Lénine en 1924, liquide la NEP pour mettre en place le premier plan quinquennal. Il s'agit avant tout de développer l'industrie lourde, de forcer les paysans à la collectivisation, de dépasser les normes de production.


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Gustav Kloutsis, 1929 : « Le développement des transports est essentiel à la réalisation du plan quinquennal. »
Valentina Kulagina, 1930 : « Défendez l'URSS. »

Sur les affiches apparaissent chiffres, statistiques… Elles doivent se faire l'écho d'un pays dynamique en pleine expansion économique. La figure de Lenine disparaît pour être progressivement remplacée par l'imposante stature de Staline.


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Fedor Slutsky, 1930 : « Toutes les questions liées à la construction industrielle, à l'économie et à la vie politique sont abordées
dans Torgovo-Promyshlennaya Gazeta [La Gazette du commerce et de l'industrie]. »
Yakov Guminer, 1931 : « 2+2=5, le résultat arithmétique du plan financier industriel plus l'enthousiasme de l'ouvrier. »
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Vassily Elkin, 1931 : « En route pour la maîtrise de la technologie et la construction socialiste grâce à l'instruction polytechnique ! »
Inconnu, 1931 : « Avec les fonds de millions d'ouvriers, investis pour un prêt de la troisième et dernière année du plan quinquennal. »
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Dmitri Bulanov, 1932 : « Une locomotive et demie = une locomotive KM. » / « Résultats de la mise en concurrence des doubles brigades. »
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Nikolaï Dolgoroukov, 1931 : « Camarade des transports, améliore tes savoir-faire techniques et lutte pour la reconstruction du
transport ! » / Valentina Kulagina, 1932 : « Travailleuses de choc des usines et des sovkhozes, venez rejoindre les bolcheviks. »
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Dmitri Bulanov, 1933 : « Plan quinquennal pour l'industrie du sucre. » / Viktor Koretsky, 1935 : « Les athlètes soviétiques sont la
fierté de notre pays. Pour une génération optimiste et en bonne santé, décidée à travailler et à défendre la patrie socialiste ! »

Avec le second plan quinquennal de 1932, les artistes subissent une pression de plus en plus forte : leur travail est soumis à examen, modifié, voire refusé. De nombreux artistes choisissent l'exil – sans toujours y parvenir. Ceux qui ne « plaisent » pas, qui ne s'alignent pas, sont déportés, assassinés (Kloutsis). Du pouvoir de l'image…


Afficherusse22.jpg   Afficherusse23.jpg
Sergueï Senkin, 1931 : « Verdissons les chaînes de production ! »
Gustav Kloutsis, 1931 : « Membres du Komsomol, il faut semer plus vite ! »

Très vite, le style constructiviste tombe en disgrâce – il n'est pas assez réaliste, le message est trop compliqué, trop individualiste – au profit d'un style naturaliste plus conforme au réalisme socialiste…


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Mirzoev, 1938 : « 5 Décembre. » / Sirocenqo, 1938 : « Longue vie au grand Staline ! » Source IISH


+ d'infos :
Le portrait du dimanche sur Vladimir Lebedev
L'exposition sur les affiches constructivistes russes organisée à Chaumont et à Joinville dans le cadre du festival international de l'affiche et du graphisme, dont nous avons parlé ICI, se tient jusqu'au 28 août 2010.
Le catalogue : Affiches constructivistes russes, 1920-1940, Pyramyd, 2010, 110 affiches.
Un article de Michel Porchet, « La spatio-temporalité de la maquette constructiviste : Pourquoi une si longue cohabitation avec le réalisme stalinien ? », Revue Appareil, n°5, 2010, à lire en ligne ICI.
Plus de 200 affiches de la période de la guerre civile, 1918-1922, sur le site de la NYPL (New York Public Library).
Voir également les fonds de l'IISH (International Institute of Social History, Nederlands).
D'autres affiches de propagande chez Typogabor, Soviet Posters et une très impressionnante collection Flickr ICI.

La plupart des images, sauf mention contraire, ont été extraites du catalogue Affiches constructivistes russes, 1920-1940, Pyramyd, 2010. Images ©artistes

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 14:55

Dans ce très bref portrait, nous avons choisi de privilégier les lithographies et le côté mystique d'Odilon Redon plutôt que ses peintures et aquarelles, et mis de côté le catholicisme qui a fortement marqué les vingt dernières années de sa vie.

perversite 1891-copie-1

Perversité, eau-forte, pointe sèche, 1891. Bnf, Paris.


Issu d'une famille bourgeoise, Bertrand-Jean Redon, dit Odilon, naît le 20 avril 1840 à Bordeaux, d'un père bordelais et d'une mère créole épousée en Amérique – d'où la récurrence des barques dans son œuvre. Peu après sa naissance, la famille s'établit à Bordeaux et dans le domaine familial de Peyrelebade, dans le Médoc.

barque mystique odilon redon

La barque mystique, pastel, 1890-1895


Odilon fait tout très vite : il réalise ses premiers fusains à 6 ans et découvre les musées parisiens à 7. Il décide rapidement d'être artiste, avec le consentement de son père. Il prend des leçons de dessins de Gorin tout en poursuivant ses études, puis des cours particuliers d'architecture, mais il échoue au concours d'entrée de l'École. Il en gardera une précision rigoureuse dans le dessin des villes et un goût certain pour les formes géométriques.
 
centaure_lisant_odilon_redon.jpg

Centaure lisant, sans date 

Rêveur amoureux de nature et de sciences, il se passionne également pour l'hindouisme, et ses angoisses prendront rapidement le pas dans une œuvre souvent mystique. Il réalise dès 1860 ses premières aquarelles, durement critiquées car jugées trop proches de celles de son maître, Gorin. Ses premières peintures suivront vers 1862.

bresdin bataille

Bataille antique devant une ville fortifiée, Rodolphe Bresdin, sans date. Bnf, Paris.
bataille 1865 Bataille, Odilon Redon, eau-forte,1865. Bnf, Paris.

À Bordeaux, il rencontre Rodolphe Bresdin, graveur de villes étranges et de scènes aux détails foisonnants, qui l’initie à l’eau-forte et à la lithographie. Odilon est fasciné, et un lien très fort se tisse entre le maître et l’élève. L’influence de Bresdin se fera sentir dans une grande partie de son œuvre. Il s’essaie également à la sculpture, mais s’avère totalement imperméable à l’enseignement de Léon Gérome à « l’École dite des Beaux-Arts », de laquelle il ressort passablement dégoûté.

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Les Chimères de Jules Destrée, frontispice, lithographie, 1889. Bnf, Paris.

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Et l'homme parut, interrogeant le sol d'où il sort et qui l'attire, il se fraya la voie vers de sombres clartés,
estampe, sans date. Bnf, Paris.

Odilon adopte la technique de Bresdin en y ajoutant le clair-obscur cher à Rembrandt, dont il dira : « Il a donné la vie morale à l’ombre. » Ses premières eaux-fortes trouvent enfin grâce aux yeux de la critique bordelaise en 1866.
Il s’installe à Paris, quartier Montparnasse. Il réalise beaucoup de fusains durant l’année 1870. De 1875 à 1880, c’est la période la plus sombre de ses « Noirs ». Le thème du prisonnier est récurrent.


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Dans le Rêve, couverture, 1879. Bnf, Paris.
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Gnome, Le joueur, lithographies, in Dans le Rêve, 1879. Bnf, Paris.
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  Limbes, Vision, lithographies, in Dans le Rêve, 1879. Bnf, Paris.

Dix planches lithographiques paraissent dans un premier album, Dans le Rêve, en 1879. Adepte avant l’heure de la psychanalyse, Redon puise son inspiration dans le rêve et l’inconscient, quand ce n'est pas dans la pensée hindouiste.

 

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Portrait de Madame Redon brodant, pastel, 1880.

 

Il épouse en 1880 une jeune Créole, Camille Falte, qui fera office d'attachée de presse et s’occupera de la vente et de la promotion de son œuvre.
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L'œil, comme un ballon bizarre se dirige vers l'infini, in A Edgar Poe, lithographie, 1882. Bnf, Paris.

Ses fusains, exposés en 1881 à La Vie Moderne, reçoivent un accueil mitigé. Amateur de poésie, Redon dédie à Edgar Poe son deuxième album de lithographies.
 
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Le Polype difforme, in Les Origines, lithographie, 1883. Bnf, Paris.

Les Origines, huit lithographies mystiques relatant la création du monde et la venue de l’homme sur terre, est publié en 1883.
Redon créé le Premier Salon Libre et préside la réunion au cours de laquelle La Société des Artistes Indépendants voit le jour.


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La mort, représentée en 1889 puis en 1896. Bnf, Paris.

La Mort : Mon ironie dépasse toutes les autres, in La Tentation de Saint Antoine, A Gustave Flaubert, lithographie, 1889,
et La Mort : C'est moi qui te rends sérieuse ; enlaçons-nous, estampe, 1896.

 le-jure-1887-copie-1.jpg Le juré d'Edmond Picard, planche 2, lithographie, 1887. Bnf, Paris.


Son fils décède quelques mois après sa naissance, en 1887, épisode tragique qui plongera Odilon dans une crise mystique jusqu'à la naissance d'un autre fils. L'année suivante voit la formation des Nabis, dont les chefs de file sont Gauguin et Redon.

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L'araignée qui pleure, 1881, et L'araignée qui sourit, lithographie, 1887. Bnf, Paris.

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Kundry (Parsifal), lithographie, 1892. Bnf, Paris.


À partir de 1890, il fréquente de plus en plus régulièrement Gauguin, dont il admire la polyvalence et les facultés d'adaptation. Il abandonne progressivement ses « Noirs » au fusain pour la peinture et les pastels.
 
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Profil de lumière, lithographie, 1887, et Au réveil j'aperçus une déesse de l'intelligence, estampe, sans date. Bnf, Paris.


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La cellule d'or, pastel et peinture à l'huile, 1892 et profil, sans date

 

La galerie Duran-Ruel lui rend hommage en exposant ses œuvres à côté de celles des Nabis. Une salle lui est entièrement consacrée au Salon d'Automne du Petit Palais. La reconnaissance ne fait que commencer...
Odilon Redon multipliera les collaborations artistiques jusqu'à sa mort en 1916.
 
Ce qui frappe, c'est le perfectionnisme d'Odilon Redon dans ses idées picturales : quand il a trouvé un sujet, une forme, il la reprend parfois des années plus tard pour en tirer partie jusqu'au bout ou en faire autre chose, servant au mieux son dessein du moment.


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La fleur de marécage : une tête humaine et triste, in Hommage à Goya, lithographie, 1885
et Cul-de-lampe in Les fleurs du mal, estampe, 1890

 

+ d'infos :
Une grande partie de l'œuvre d'Odilon Redon est regroupée ICI et ICI.
On peut voir l'exposition « Odilon Redon – Prince du Rêve » au Grand Palais du 23 mars au 20 juin 2011.
Une expo a été consacrée à Rodolphe Bresdin à la BNF et le site réalisé pour l'occasion est toujours en ligne ICI.

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 11:31

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La revue d'art hollandaise Wendingen la bien-nommée (en néerlandais, wendingen signifie changements, bouleversements) fit sensation dès sa parution en 1918. Elle fut fondée à l'initiative de la société Architectura et Amiticia (créée en 1885 par les membres de l'École d'Amsterdam, elle organisait des lectures, des expositions et publiait des revues) par l'architecte et designer Hendricus Theodorus Wijdeveld (1995-1987), secondé par J.M.L. Lauweriks et R.N. Roland Holst, tous formés chez Cuypers.

 

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Il s'agissait de promouvoir les travaux des architectes hollandais contemporains en révélant leur valeur hautement artistique, en réponse à la revue d'art plastique et d'architecture De Stijl, parue trois mois plus tôt.

 

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De Stijl (en néerlandais, le style), l'organe du mouvement du même nom, publiée de 1917 à 1928 sous l'impulsion de Piet Mondrian et de Theo van Doesburg, cherchait à instaurer une nouvelle esthétique universelle qui réunirait l'art et l'architecture, un nouveau langage basé sur les principes du néo-plasticisme, l'ordre géométrique excluant le figuratif par l'utilisation de formes et de couleurs dites pures.

 

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Couvertures de Polet (1923), Bottema (1924), Essers (1924) et Wijdeveld (1924)

 

Wendingen, de son côté, offrait un espace d'expression qui ne semblait régi par aucun principe. Elle proposait pour la première fois un format carré (33 x 33 cm, sur la base des dimensions d'un tatami japonais), des couvertures pour lesquelles les lithographies et xylographies originales étaient exécutées en toute liberté par des artistes de choix, sans rapport direct avec le contenu, des textes mis en page sur deux colonnes, imprimés d'un seul côté sur papier de riz, chaque feuille étant repliée à la main en soufflet, reliée et ornée sur chaque côté avec un brin de raphia coloré (toujours à la japonaise), mettant en valeur la typographique renforcée imaginée par Wijdeveld, une typographie ornementée, rectangulaire et sans sérif, dynamique et expressive, très innovante pour l'époque, car inspirée à la fois de l'architecture et de la publicité.

 

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Pages intérieures d'un numéro de 1930

 

D'abord mensuelle, puis à raison de 8 numéros par an en moyenne, la revue était vendue à 500-1500 exemplaires. Au total, 116 numéros furent publiés entre 1918 et 1931. Chaque numéro était consacré à un thème particulier relatif aux domaines de l'architecture, des arts appliqués, du design industriel, de la scénographie, de la sculpture, de la photographie, des arts décoratifs et primitifs.

Parmi les artistes, outre Wijdeveld, Lauweriks et Roland Holst, citons Hildo Krop, Lion Cachet, Willem van Konijnenburg, De Klerk, Jongert, Otto B. de Kat, W.M. Dudok, Jessurun de Mesquita, Margaret Kropholler, Anton Kurvers, Gispen, Sjollema, Zietsma, H.T. Zwiers.

 

 Wendingen_Jongert1920.jpg Wendingen_Holst1923.jpg Wendingen_Klein1923.jpg

 Wendingen_Dudok1924.jpg Wendingen_Krop1925.jpg Wendingen_Wright1925_9-copie-1.jpg

 Wendingen_Lauweriks1929.jpg Wendingen_Sjollema1929.jpg Wendingen_Staal1930.jpg

Couvertures de Jongert (1920), Roland Holst (1923), Klein (1923), Dudok (1924), Krop (1925),
Vijdeveld (1925), Lauweriks (1929), Sjollema (1929), Staal (1930)


Diffusant d'abord le travail des artistes issus de l'École d'Amsterdam, la revue étendit ses frontières et consacra des numéros à Eillen Gray (1924), Frank Lloyd Wright (toute une série en 1925), Diego Rivera (1929) ou encore Antoine Bourdelle (1930).

 

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Couvertures de Lissitzky (1921) et de Wijdeveld (1925) pour les numéros consacrés à Frank Lloyd Wright

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Tapis créé par Eillen Gray en hommage à la revue, 1926-1929

 

De Stilj sortit vainqueur de cette bataille et allait marquer de son empreinte l'architecture moderne, inspirant le Bauhaus, l'Avant-Garde ou encore le Style international. Si la revue Wendingen fut rapidement oubliée, la révolution typographique opérée par Wijdeveld inspire aujourd'hui encore de nombreux typographes.

 

+ d'infos :
De Stijl : 1917-1931, Visions of Utopia, par Friedman, Mildred / Abbeville Press, 1982
Wendingen : a Journal for the Arts, 1918-1932, par Martjin F. Le Coultre, Ellen Lupton, Alston W. Purvis / Princeton Architectural Press, 2002, dont on peut avoir un aperçu ICI
H. Th. Wijdeveld, The Life-Work of the American Architect F. L. Wright / Sandpoort, 1925
Une page (en néerlandais) qui revient sur l'histoire de la revue, offre une sélection des couvertures et donne la liste détaillée des publications et des artistes ayant collaboré aux couvertures : ICI
Quelques couvertures et numéros disponibles ICI
Un article sur Wijdeveld ICI

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