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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 22:05

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Barques, FRMk, 2007

 

Difficile de parler de Vincent Fortemps sans évoquer d'abord la création des éditions Fréon. Illustrateur belge né en 1967, Vincent Fortemps a étudié à l'Institut Saint-Luc de Bruxelles, école de bande dessinée où il a rencontré Thierry Van Hasselt, Denis et Olivier Deprez. Ensemble, ils forment le collectif Frigoproduction, commencent à publier chez Atoz et fondent en 1992 les éditions bruxelloises Fréon. Une maison d'édition indépendante créée et animée par des auteurs, donc.

Ils publient la revue annuelle Frigorevue, 4 numéros parus de 1992 à 1995, puis la bimestrielle Frigobox, 10 numéros de 1994 à 1999, où Jan Baetens et Olivier Deprez proposent, à côté des œuvres choisies, une approche théorique et critique, une réflexion sur le médium. Formats et maquettes variés, papiers et impression de qualité, faibles tirages.

 

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Les 4 numéros de Frigorevue, 1992-1995

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Les numéros 1, 9 et 10 de Frigobox, 1994-1999

 

Avant tout destinées à accueillir les travaux des membres du collectif, ils publient également des auteurs qui expérimentent techniquement et narrativement, comme Hector Oesterheld et Alberto Breccia (prépublication de Che), mais aussi Alex Barbier (De la chose, Lettre au maire de V., Autoportrait du vampire d'en face), Stefano Ricci (Dépôt noir, Anita avec Gabriella Giandelli), Éric Lambé (Ophélie et le directeur des ressources humaines), Dominique Goblet (Portraits crachés) ou Martin tom Dieck (Territiroirs, Salut Deleuze avec Jens Balzer). Un catalogue cohérent.

Utilisant les techniques de l'imprimerie en bande dessinée, les membres du groupe ont chacun une spécialité : Thierry Van Hasselt le monotype (Gloria Lopez), Vincent Fortemps le crayon lithographique sur rhodoïd (Cîmes), Denis Deprez la linogravure (Les Nébulaires).

Fréon se met rapidement à organiser des rencontres et manifestations internationales sous le label Autarcic Comix.

En 2002 apparaît le Frémok (FRMk), né de l'association des éditions Fréon et des éditions Amok (créées en 1994 par Yvan Alagbé et Olivier Marbœuf).

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Cîmes, Fréon, 1997

 

Vincent Fortemps prend le temps et publie peu. On le conçoit aisément. Son univers – grave, sombre, mélancolique – est peuplé de silences, de mers déchaînées, de bateaux échoués, de paysages dévastés par la guerre, hantés – plaie ouverte sur le ciel. Apparitions, disparitions. Le travail de la matière, palpable et comme odorante, le trait dépouillé et sensible, esquissé entre ténèbres et lumière, racontent la sauvagerie, la barbarie, la violence, la détresse, la douleur, la solitude, la folie des hommes. En un mot, le bruit et la fureur, comme dirait l'autre.

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Par les sillons, FRMk, 2010

 

Mais Vincent Fortemps, c'est aussi la cinémécanique. En 2001, il rencontre le metteur en scène chorégraphe François Verret et expérimente pour la première fois l'illustration animée pour son film Kazpar Konzert (Arte, 2002, d'après le spectacle monté en 1998). Ensemble, ils réaliseront deux spectacles, Chantier-Musil (adaptation de L'homme sans qualité de Musil, 2003) et Contrecoups (adaptation d'Absalon ! Absalon ! de William Faulkner, 2005).

 

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Chantier-Musil (coulisses), FRMk, 2003

 

Pour Chantier-Musil, Fortemps met au point avec l'éclairagiste Christian Dubet un procédé pour projeter et animer ses dessins en direct sur la scène : la cinémécanique. En 2005, ils donnent Bar-q-ues, adaptation animée de La Digue. Fortemps réalise ses performances au Centre Georges Pompidou (2005), à la Fondation Cartier (2009) ou encore au Grand Palais (2009).

 

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La Digue, Amok, 2001

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Barques, FRMk, 2007

 

Le procédé : une feuille de rhodoïd sur laquelle Vincent Fortemps appose de l'encre noire qu'il travaille ensuite à la main, au chiffon, à la lame de rasoir, etc. Une caméra placée sous sa table de travail en verre filme et projette l'image en direct sur grand écran. Jouant sur l'intensité de la lumière, la vitesse d'exécution, le fractionnement de l'image, Christian Dubet et Gaëtan Besnard animent les dessins réalisés en direct. Le tout, sur un accompagnement sonore d'Alain Mahé.

 

Alternatives, Citévision/Lyon, avril 2005

 

Tracks, Arte, décembre 2005

 

Un artiste à l'identité graphique protéiforme et homogène qui sait se faire attendre, qui mûrit patiemment chacune de ses œuvres, de l'intérieur, sans se soucier des modes ni de la précipitation ambiante.
Voyage dans un univers singulier, entre rêve et réalité.
 
Bibliographie :
Cîmes / Fréon, 1997, rééd. FRMk, 2004
Campagne / B.ü.L.B Comix, 2000
La Digue / Amok, 2001
Paradis/Paraiso, collectif, Djazz 1 / FRMK, 2003
Chantier-Musil / FRMk, 2003
Barques / FRMk, 2007
Match de catch à Vielsam, collectif / FRMk, 2007
Par les sillons / FRMk, 2010

 

Match de catch à Vielsam, Rémy Pierlot vs Vincent Fortemps, 2007

 

+ d'infos :
Un entretien de 1999 avec Vincent Fortemps et Thierry Van Hasselt sur les débuts de Fréon ICI
Les blogs d'Olivier Deprez et Denis Deprez
Pour les curieux, le traité du Frémok, du 22 juin 2002, ICI


Photos ©FRMk

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 18:21

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Dessin pour La belle cigarière, fantaisie-bouffe d'Eugène Joullot et Benjamin Rabier au Moulin Rouge, 1913


Dessinateur animalier, pionnier de la bande dessinée et du dessin animé, caricaturiste, dramaturge, mais aussi comptable et acrobate, le Vendéen Benjamin Rabier (1864-1939) est avant tout un moqueur invétéré. Il prend un malin plaisir à mettre tous les animaux (domestiques ou sauvages) à contribution pour rendre au mieux les travers humains.

 

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In Constant Coquelin dit aîné, Berthin et Cie, 1860-1909. Photo BNF

 

Grâce à l'appui de son ami Caran d'Ache, Benjamin Rabier commence à publier dans des revues et journaux tels que La Chronique amusante ou le Gil Blas illustré, puis de façon plus régulière par Le Rire, Pêle-Mêle, L'Assiette au beurre ou encore Le Chat noir.

 

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Les Fables de La Fontaine, Tallandier, 1906

 

Son admiration pour La Fontaine – dont il illustre Les Fables en 1906 – transparaît dans ses portraits d'animaux malicieux et dans la morale de chacune des histoires qu'il concevra par la suite. Le Roman de Renart lui inspire également un très bel album qui paraît trois ans plus tard, en 1909, toujours chez Tallandier.

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Le Buffon des Familles, Garnier Frères, 1911

 

Plus de 300 animaux sont représentés par Rabier dans Le Buffon des Familles, publié par la librairie Garnier Frères en 1911, en réponse aux Fables de Tallandier. Cette fois-ci, il lui faut se documenter savamment et mettre son humour de côté pour réaliser ce travail colossal de 450 pages. Il s'attèlera aussi aux Fables de Florian, pour Garnier Frères, en 1936.

 

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Flambeau chien de guerre, 1916

 

Comme beaucoup de ses contemporains, désireux de servir la cause nationale, il croque la Première Guerre mondiale dans des journaux comme La baïonnette. On lui doit également Flambeau chien de guerre, pamphlet patriote destiné à remonter le moral des troupes. Afin de suivre son maître mobilisé, Flambeau tâche de l’imiter en une série d’actions héroïques. Flambeau sera le héros de trois dessins animés réalisés avec Émile Cohl entre 1916 et 1917.

 

Les Pieds Nickelés, adaptés par Benjamin Rabier et Émile Cohl, 1917-1919

 

Après avoir adapté les Pieds Nickelés, Cohl et Rabier réalisent d'autres dessins animés, dont le plus célèbre est sans doute celui du canard Gédéon créé par Rabier en 1923.

 

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La naissance de Gédéon, Garnier Frères, 1923. Photo BNF

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Dans Gédéon sportsman en 1924

Générique de Gédéon, 1976 ©Trinacra Films

 

« La petite collection enfantine » suit dès 1928 avec 39 titres au format à l'italienne, toujours chez Garnier Frères. Il s'agit d'une galerie de portraits animaliers dans laquelle les bons animaux sont abusés par les humains – mais la morale règne et les méchants sont toujours punis ! Dans cette collection paraîtront le lion Oscar roi du désert, la vache Sidonie la radoteuse...

 

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1er et 4e plat de couverture d'Oscar roi du désert, Garnier Frères

 

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Onésime, personnage à la houpette portant la culotte de golf, dans Tintin-Lutin,
premier album pour enfants de Rabier, en collaboration avec Fred Isly, 1897

 

Benjamin Rabier est l'un des illustrateurs du début du XXe siècle les plus connus du grand public. Il compte bon nombre d'admirateurs, parmi lesquels Walt Disney et Hergé (cf. le personnage Onésime dans Tintin-Lutin). Prolifique (près de 250 livres illustrés), profitant de la vigueur industrielle de son époque, il ne boude aucun support – ses dessins figurent sur des assiettes, des affiches, des étiquettes...

 

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 La Vache qui rit, 1923

 

Qui fait rire la vache ? C’est lui ! Répondant en 1915 à un concours lancé par l'État Major pour choisir l’emblème des camions du régiment de Ravitaillement en viande fraîche (RVF), Rabier se moquera des  walkyries germaniques en dessinant une... Wachkyrie ! En 1919, une partition musicale intitulée « La Wachkyrie », portant en première page l’illustration du fameux insigne, est envoyée aux anciens du régiment RVF, dont Léon Bel fait partie. S'inspirant de ce dessin, le fromager jurassien dessine lui-même sa vache, avant de demander à Rabier de la redessiner en 1923. Il réalisera d'autres versions pour Léon Bel, mais aussi pour d'autres fromagers, notamment un "veau qui pleure". Aucun ne résistera à la force de la vache hilare...
 
En 1934, le fameux sel de La Baleine, c'est encore lui...
 
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L’œuvre de Benjamin Rabier est déposée depuis 2000 à la médiathèque de la ville dont il est originaire, La Roche-sur-Yon. Le fonds compte pas moins de 131 ouvrages.

 

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Gédéon comédien en 1929


+ d'infos :
Site français sur Benjamin Rabier
Le dessin de la Vache qui rit est visible à l'expo Animal aux Arts Décoratifs du 18 février 2010 au 30 novembre 2011.
L'Historial de la Vendée a organisé une grande rétrospective de l'œuvre de Rabier en 2009. Un catalogue de l'expo a été publié chez Somogy.
Influence de Rabier sur l'œuvre d'Hergé sur le blog très complet Töpfferiana.
L'œuvre de Rabier est régulièrement rééditée en fac-similé, essentiellement chez Tallandier et Hoëbeke. On peut trouver le classique de la littérature jeunesse portugaise Le roman de la renarde aux très belles éditions Chandeigne.

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 10:29

Blackstock Bruits
On le dit "anthropologue de la vie quotidienne".  Pragmatologue ? Gregory L. Blackstock (né en 1946) réalise depuis 1986 des planches d'objets dessinés et annotés avec une minutie extrême, répertoriés, classifiés et rangés en colonnes et lignes bien définies, un peu à la manière des catalogues et dictionnaires de nos aïeux.

Blackstock Arts

Encre, pinceau, crayon, marker, crayola, il dessine souvent en grand format, sur plusieurs feuilles qu'il relie avec de la colle ou du scotch... quand il ne joue pas de l'accordéon devant l'Opéra ou les stades de Seattle. Deux passions obsessionnelles auxquelles il s'adonne quotidiennement sans relâche depuis vingt-cinq ans.
 
Blackstock AvionsBlackstock_Maisons.jpg
Blackstock_Truelles.jpg  Blackstock Balles
 
Si The Seattle Times publiait son premier dessin réalisé d'après la série télévisée Batman en 1966, ce n'est qu'après avoir fait la plonge pendant un quart de siècle au Washington Athletic Club (WAC) de Seattle que Gregory Blackstock a commencé à dessiner pour la Newsletter mensuelle destinée aux employés du club. D'abord en noir et blanc, pour se conformer à l'impression monochrome du bulletin, puis en couleur à partir de 2001, lorsqu'il prend sa retraite et continue de dessiner pour lui-même. En 2003, il est remarqué par la Garde Rail Gallery de Seattle, spécialisée dans l'art dit "outsider". Sa première exposition personnelle est organisée en 2004 par Karen Light-Piña, propriétaire de la galerie. Son succès est immédiat.
 
Blackstock BusBlackstock ConvairsBlackstock Convairs2Blackstock BateauxBlackstock Noeuds
 
Autiste atteint de "savantisme" si l'on en croit Darold Treffert, Gregory Blackstock possède les rudiments d'une douzaine de langues (dont le japonais, le mandarin, le tchèque et le russe), est capable de jouer de n'importe quel instrument, de retranscrire avec une parfaite exactitude les notes d'une musique entendue pour la première fois, se rémémore des événements anciens avec une étonnante profusion de détails… Lorsqu'il parle d'une voix profonde et très forte, en un débit difficile à suivre, il ponctue ses phrases d'onomatopées, d'imitations d'animaux, de rires nerveux incontrôlés.
 
Blackstock OeufsBlackstock Navets
 
 
Blackstock aime avant tout réunir en une seule image des séries, qui lui permettent d'explorer une idée, un objet à travers toutes ses possibilités. Il réalise ainsi des listes visuelles d'objets vus dans des livres, dictionnaires, encyclopédies, objets qui le fascinent et qu'il restitue de mémoire : fleurs, poissons, chaussures, couteaux, ballons, nœuds, avions, bateaux, maisons, etc.
 
                      Blackstock CorbeauxBlackstock Felins
                      Blackstock PunaisesBlackstock Trogons
 
Mais que dire de sa Charte du temps du monde, qui fait d'un problème arithmétique assez complexe un jeu d'enfant ? Réalisée sur un carton de format carré de 25 cm, elle répertorie les 264 pays et 50 États des 27 fuseaux horaires. Au centre, un cadran avec les 24 heures du temps de l'horloge découpées en segments de 15 minutes. En tournant le cadran pour aligner l'heure qu'il est sur le lieu où l'on se trouve, on obtient un temps standard correspondant. Bien plus simple à utiliser qu'une calculatrice...
 
Blackstoc Charte
 
Pour se faire une toute petite idée du personnage :

Eliza Murphy rend visite à Gregory Blackstock (vidéo d'Anne Grgich)
 
Intéressant, ce que dit le Professeur Uta Frith (University College of London Institute of Cognitive Neuroscience) sur l'autisme et le talent :



+ d'infos :
Blackstock Collections: The Drawings of an Autistic Savant / Princeton Architectural Press, New York, 2006, 144 p. Un aperçu du livre, avec l'avant-propos du Dr. Treffert sur le "savant autiste" et une courte autobiographie manuscrite de Gregory Blackstock ICI

La marque française "Comme des garçons" a crée une collection de t-shirts en édition limitée à partir de six de ses illustrations (printemps-été 2008). On a trouvé deux photos d'un défilé à Milan sur la page Facebook de la Garde Rail Gallery :


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Gregory Blackstock est représenté par la Garde Rail Gallery de Seattle.
 
©Gregory Blackstock et ©Garde Rail Gallery

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 19:21

Dans ses livres, Sara a pour particularité d'utiliser exclusivement la technique du papier déchiré. La plupart de ses albums sont sans texte. Et pour cause. Le collage des papiers déchirés avec intention, le choix des formes ainsi obtenues, l'agencement des couleurs expriment et transmettent à eux seuls un ensemble d'impressions, de sentiments, d'états d'âme, d'émotions.

Sara Gueule loup1  Sara Gueule loup3

Dans la gueule du loup, Épigones, 1990

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À travers la ville, Épigones, 1990

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Mon chien et moi, Épigones, 1995

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Le Loup, Thierry Magnier, 2000

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Le rat musicien, Circonflexe, 2000

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La petite fille sur l'océan, Circonflexe, 2002

 

Un théâtre d'ombres composé de peu d'éléments, toujours silhouettés.
Une déchirure qui est comme la brèche par laquelle l'imagination du lecteur s'insinue.
Simple, sobre, efficace.

 

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Révolution, Le Seuil, 2003

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À quai, Le Seuil, 2005

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La laisse rouge, Bilboquet, 2005

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Nu, Le Seuil, 2009

 

Auteur, illustratrice, peintre, Sara, née en 1950 à Nantes, vit à Paris depuis 1971. Elle a longtemps travaillé dans la presse et a dirigé la collection « La Langue de chat » chez Épigones entre 1990 et 1995. Auteur d'une vingtaine de livres pour enfants, elle a été récompensée en 2005 par le prix spécial du jury (Golden Apple) à la Biennale internationale d'illustrateurs de Bratislava.

Sara est aussi la réalisatrice du film d'animation À quai, réalisé en papier déchiré :

 

À quai, film réalisé par Sara et Pierre Volto, sur une musique de Radikal Satan

 
Biblio sélective :
Dans la gueule du loup / Épigones, 1990
• À travers la ville / Épigones, 1990
Mon chien et moi / Épigones, 1995
Le Loup / Thierry Magnier, 2000
Le rat musicien / Circonflexe, 2000
La petite fille sur l'océan / Circonflexe, 2002
Volcan / Thierry Magnier, 2002
Révolution / Le Seuil, 2003
Du temps… / Thierry Magnier, 2004
À quai / Le Seuil, 2005
La laisse rouge / Bilboquet, 2005
Éléphants / Thierry Magnier, 2006
Nu / Le Seuil, 2009

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Les Chiens et Sortie de bain, deux peintures de Sara

 

+ d'infos :
L'univers de Sara ICI
Des originaux, planches préparatoires et variantes en vente à la galerie L'Art à la Page, 8 rue Amelot, 75011 Paris

©éditeurs et ©Sara

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 11:55

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À une époque où les artistes russes s'entendent à démocratiser les arts, où les productions dans les domaines du design, de la typographie, de l'affiche, de la littérature et des livres pour enfants abondent (citons entre autres parmi les poètes, Maïakovski, Mandelstam, Tchoukovski, Marchak ; parmi les artistes, Lebedev, Lissitzky, Rotchenko, Stepanova), le graphiste, peintre et illustrateur avant-gardiste russe Vladimir Lebedev a opéré dans les années 1920, avec le poète et traducteur Samuel Marchak, une véritable révolution dans la Révolution : les plus jeunes enfants sont pour la première fois considérés comme des lecteurs en formation, en devenir ; ils peuvent être les destinataires d'un livre considéré comme un tout, un véritable édifice où le texte et l'image – poésie, sens, son, voix, espace, forme, couleur, typographie – concourent de manière indissociable à l'élaboration d'un discours.

 

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Peintures de 1918 et 1921

 

Après avoir suivi en 1909 l'enseignement de Titov, en 1911 celui de Rubo, Vladimir Vasilievitch Lebedev (1891-1967) est formé au studio Bernstein et Shervud puis à l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg entre 1912 et 1916. Dès 1911-1912, il travaille en tant qu'illustrateur pour de nombreux journaux (Galchonok, Satyricon, New Satyricon, Argus) et participe à des expositions collectives de peintres russes. La Révolution est accueillie avec enthousiasme par la plupart des artistes, qui y voient la possibilité de concrétiser leurs rêves de changement, pour l'art et la société. Traversés d'un formidable élan, c'est à qui servira le mieux la propagande du gouvernement bolchevique. Lorsque les Ateliers libres d'État sont créés en 1918 pour remplacer les académies des beaux-arts, Lebedev est nommé professeur au Svomas de Petrograd (Saint-Pétersbourg) où il enseigne jusqu'à sa fermeture, en 1921. Ses premiers travaux sont fortement inspirés par le cubisme et l'art populaire russe (les loubki).

 

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Affiches réalisées en 1920, 1921 et 1922

 

Membre de l'Obmokhu (Société des jeunes artistes), puis de l'éphémère Unovis fondé en 1919 par Malevitch à Vitebsk, Lebedev participe pendant la guerre civile, avec Maïakovski et Cheremnikh, à la création de l'agence d'affiches de propagande « Fenêtres Rosta » (la future agence Tass). Il rejoindra le groupe des Quatre Arts en 1928.

Lebedev, qui s'est fait remarqué pour ses illustrations du livre de Kipling, L'Enfant d'éléphant, devient directeur artistique des premières éditions d'État pour enfants fondées à Leningrad, Gosizdat puis Detzig, de 1924 à 1933, tandis que Samuel Marchak y est éditeur en chef. Ensemble, ils vont donner naissance à plus de 50 titres.

 

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Couverture et page intérieure de L'Enfant d'éléphant de Kipling, illustré par Lebedev, 1922

 

Le livre pour enfants est ancré dans le quotidien, le langage graphique s'inspire de l'art de l'affiche, avec son dessin précis aux formes géométriques colorées, isolé sur la page blanche et comme découpé, sans arrière-plan, où il entre beaucoup d'humour et d'expressivité.

 

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Couvertures russes du Cirque et de La Glace, de Marchak et Lebedev

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Couvertures russes (deux éditions) de Bagadj, de Marchak et Lebedev

 

Les peintures de Lebedev sont exposées à Berlin en 1922 ; les livres réalisés avec Marchak à Florence en 1922, à Paris en 1925. Le musée d'État lui consacre sa première exposition personnelle en 1928.

Tout change en mai 1936. Qualifié de « peintre barbouilleur » par la Pravda, Lebedev est contraint, pour survivre, de s'aligner. De nombreux auteurs et illustrateurs des éditions Detzig, fermées en 1937, sont arrêtés et envoyés dans les goulags ; d'autres ont choisi l'exil. Marchak réussit à s'enfuir à Moscou, tandis que Lebedev abandonne la peinture et adapte son style aux nouvelles normes esthétiques du réalisme socialiste. Pendant la guerre, il travaille comme affichiste pour l'agence Tass, avant de se consacrer à la lithographie.

 

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Pages intérieures de l'édition russe de Bagadj

 

Disponibles en français :
• Quand la poésie jonglait avec l'image, recueil de quatre titres de Marchak et Lebedev créés en 1925-1927 (Le Cirque, La Glace, Hier et aujourd'hui, Comment le rabot a fait un rabot), traduits par Françoise Morvan et André Markowicz, éditions MeMo, Collection des Trois Ourses, 2005.
• Bagadj, de Marchak et Lebedev, L'Ouvroir Humoir, 2009.

 

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Deux pages intérieures de Cirque, une page de Hier et aujourd'hui, MeMo, 2005

 

À signaler :
On peut voir quelques œuvres de Lebedev, parmi d'autres, à l'exposition "L'art russe de l'image pour enfants (1900-1945)" qui se tient actuellement au Centre de l'illustration de Moulins.
Centre de l'illustration – Hôtel de Mora • 26 rue Voltaire • 03000 Moulins • Jusqu'au 15 juin 2010

BD à Bastia a aussi accueilli début avril une expo sur l'avant-garde russe.

 

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 23:59

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Autoportrait

 
Emmanuel Poiré est un dessinateur et humoriste français né en 1858 à Moscou où il passe une grande partie de son enfance. Arrivé en France en 1877 pour accomplir ses obligations militaires, très vite inspiré par les nombreux uniformes qu'il croise, il prend goût pour le dessin et la caricature. Le pseudonyme de Caran d'Ache (transcription phonétique russe, "karandache" signifiant "bout de crayon") s'impose à lui dès ses débuts dans la presse satyrique.
 
Il s'intalle à Montmartre et participe activement au mouvement engendré par la revue Le Chat noir dans laquelle ses Histoires sans paroles sont publiées par Rodolphe Salis.

 

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Plaques d'aluminium réalisées par Barrat d'après les dessins de Caran d'Ache pour L'Épopée

 

Il connaît un grand succès avec L'Épopée, une pièce de théâtre militaire en ombres chinoises sur les batailles napoléoniennes, et sera dès lors considéré comme un spécialiste de la vie militaire française.

 

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Maestro, 1894

 

Il se lance en 1894 dans la réalisation de la première bande dessinée muette, un roman dessiné intitulé Maestro, mais le projet ne voit pas le jour. Quelques planches retrouvées et révélées par Thierry  Groensteen seront reproduites par la revue 9e Art en 1997, puis la quasi-totalité par le Musée de la Bande dessinée d'Angoulême (CNBDI) en 1999.

 

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Le Rire, 27 mai 1899

 

Plus apprécié pour son trait sûr, plein de mouvement, et pour son sens de la gestuelle que pour ses valeurs (fervent nationaliste, antirépublicain, antisémiste et antidreyfusard), il collabore à plusieurs journaux et revues tels que Le Courrier français, Le Figaro, L’Illustration, La Revue illustrée, La Chronique parisienne, Le Rire, La Caricature ou encore La Libre parole illustrée, hebdo antisémite fondée par Édouard Drumont. Il co-fonde en 1898 la revue antidreyfusarde Psst... ! et y publie de violentes illustrations. Sa notoriété dépasse les frontières et ses dessins sont publiés en Amérique, dans le Harper's Magazine notamment.

 

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A propos de l'Affaire Dreyfus, Le Figaro, 14 février 1899

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Harper's New Monthly Magazine Volume 82, Issue 488 (January, 1891)

 

Atteint de neurasthénie en 1903, il se convertit peu à peu à la conception de jouets en bois : silhouettes d'animaux découpées et peintes, vendues comme des œuvres d'art pour les enfants, mais  appréciées également des parents. 

Il décède à Paris en 1909.

 

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Feuillets publicitaires pour les jouets Caran d'Ache, glissés dans la revue Lectures pour tous, 1909

 

La société de crayons Caran d’Ache verra le jour en 1924 à Genève. Son fondateur, Arnold Schweitzer, proclama : « Notre firme ne pouvait choisir meilleur nom pour griffer ses produits de haute qualité. »

 

+ d'infos :
Portrait complet et précis de Bertrand Tillier sur Archives de France.
La revue Le Rire a été numérisée par le CNBDI et est accessible en ligne ICI et le fonds Caran d'Ache est en cours de numérisation.
Les feuillets manuscrits de Maestro conservés au Louvre sont consultables dans l'inventaire des Arts graphiques.
Un courrier adressé au directeur du Figaro en 1894 à propos de Maestro est retranscrit sur Pressibus.
Des trésors de la littérature graphique du XIXe sur Töpfferiana, dont beaucoup de dessins de Caran d'Ache.
Encore plus de jouets, de manuscrits et de dessins sur le site du Ministère de la Culture.

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 11:38

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  Source : Edixxon

Louis Poyet est un graveur sur bois debout* de la fin du XIXe siècle connu pour sa participation active à la vulgarisation scientifique. Les machines détiennent le premier rôle dans ses gravures que l'on peut voir dans les revues L'Illustration, La Nature, Le Génie civil, The Engineer, The Scientific American, des catalogues industriels et des catalogues de grandes expositions. Il a collaboré également à la fabuleuse épopée de La science amusante de Tom Tit (alias Arthur Goods) parue en feuilleton dans L'Illustration, toujours éditée aujourd'hui sous forme de livre (Larousse).

 

 

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Science amusante

Cliquer pour visualiser l'ouvrage en intégralité sur Gallica


Il est considéré par Jocelyn de Noblet, docteur ès design industriel et professeur aux Arts Déco, comme "grand spécialiste de la représentation de la machine de 1873 à 1910". Ancré dans son époque et fréquentant Gustave Eiffel et Étienne-Jules Marey, Poyet croit dur comme fer au progrès et met son style similaire à celui des graveurs de la Grande Encyclopédie (publiée à partir de 1763) au service de cette idéologie.

 

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Le perforateur du colonel Beaumont, employé au creusement du tunnel sous la Manche

 

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Organina mignonnette. Vue d'ensemble

 

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Tricycle à vapeur américain, chauffé au pétrole

 

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Nouvel ascenseur de sauvetage pour les incendies, expérimenté à Rouen dans l'ancienne École normale

 

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Bijoux lumineux électriques de M. G. Trouvé (grandeur d'exécution)

 

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La machine solaire de M. Ericsson, expérimentée en 1883

 

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Application de la traction électrique au chemin de fer monorail de M. Lartigue

 

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Bateau-malle américain, représenté sous ses deux aspects

 

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Détail du locomoteur Agudio du chemin de fer de la Superga. (D'après une photographie)

 

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Lampe utilisant la chaleur perdue pour chauffer au moyen de la vapeur d'eau, une théière, ou un chauffe-pieds

 

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Appareil d'agrandissement photographique à lampe de pétrole

 

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Diplographe, appareil permettant d'obtenir simultanément deux copies manuscrites

 

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Wagon à deux étages pour grande vitesse, système Estrade

 

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Vue d'un caisson pour la fondation de la tour Eiffel par l'air comprimé.
Coupe montrant le travail souterrain et les tubes d'accès et de déblaiement

 

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Aveugle écrivant avec la machine Mauler

 

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Le train du chemin de fer électrique de table

 

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Construction de la Tour de 300 mètres au Champ de Mars de Paris. Vue d'ensemble d'une des grues de montage

 

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Monte-escalier de M. J. Alain Amiot

 

Dans le premier numéro de la revue La Nature (1873), dirigée par Gaston Tissandier et à laquelle Poyet collabore, les dessinateurs et graveurs sont mentionnés – a priori pour la première fois – au même titre que les écrivains. Cette revue aux images oniriques et désuettes (expériences étranges, natures mortes d'objets hétéroclites, détournés de leur fonction première) a beaucoup inspiré les surréalistes, notamment Max Ernst, qui a utilisé à plusieurs reprises des gravures de Poyet dans ses fameux collages. Ce type de gravure XIXe est d'ailleurs toujours un matériau très apprécié dans les compositions des illustrateurs contemporains.

 

 

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In Max Ernst, l'imagier des poètes de Julia Drost / PU Paris-Sorbonne, 2008. 29€

 

+ d'infos :
Grande galerie de gravures de Poyet, de très bonne qualité, sur ce site italien très bien documenté.

Brève enquête autour du graveur Poyet de Joël Cornuault, paru dans la revue Plein Chant n° 83-84, “Choses graves et moins graves”, printemps-été 2008.

 

* La gravure sur bois debout s'effectue sur une planche coupée perpendiculairement aux fibres. Le bois est plus tendre dans ce sens, la taille est donc plus facile et plus précise. En revanche les formats sont plus petits, car ils sont fonction de la dimension de l'arbre.

 

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Enregistrement par le phonographe d'un solo de cornet à piston

 

Sauf mention contraire, toutes les gravures sont tirées de La nature, 1882.

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 23:24

Rand_Dubonnet3.jpg Savez-vous qui est l'auteur de cette pub mémorable ? Dubonnet, connu pour avoir fait travailler Savignac (« Dubo Dubon, Dubonnet », 1935), a aussi fait appel au talent de… Paul Rand !
 
Peretz Rosenbaum, alias Paul Rand (1914-1996), est aujourd'hui encore considéré comme le père du graphisme moderne. New-yorkais, il a su imposer un nouveau langage formel en puisant très tôt son inspiration dans les moyens d'expression de l'esthétique avant-gardiste européenne – du cubisme à Le Corbusier, de Klee au Bahaus – mêlant couleur,  texture,  collage et  montage. Au début des années 30, convaincu que son nom juif pourrait freiner, voire entraver sa carrière, il prend le nom de Paul Rand, formé de deux fois quatre lettres, un nom visuellement efficace, facile à mémoriser.

 

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Couverture des numéros de mars 1939 et novembre-décembre 1938

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Couverture des numéros de juin 1939 et janvier-février 1940

De 1937 à 1954, il est directeur artistique, notamment pour les revues Direction, Esquire et Apparel Arts, un magazine de mode pour les hommes, puis à partir de 1941, après la grande dépression, au sein de l'agence de pub nouvellement créée par William Weintraub, ancien d'Esquire.


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Architectural Forum, Dunhill, années 50


Il faut faire comprendre en un coup d'œil, de qui il s'agit, de quoi il retourne. Rand utilise de préférence des polices sans empatements, fonctionnelles, comme le Futura, ou encore sa propre écriture. Chose rarissime aux États-Unis à l'époque, où le graphiste n'a d'identité que celle de son entreprise, Rand signe toujours son travail, même si on l'identifie aisément. Des dessins sommaires comme autant de jeux de mots graphiques, de rébus, constitués d'objets, de formes et de couleurs combinés avec art dans la page. Souvent, la première idée est la bonne, mais la solution ne vient pas toujours de manière immédiate, elle s'impose parfois au bout de plusieurs tentatives. La règle : proposer une seule possibilité, parfois deux,  jamais plus.

Rand Logos

En 1954, il travaille comme graphiste indépendant et consacre son talent à la création d'identités visuelles fortes au service de grandes entreprises, se spécialisant rapidement dans la création de logos, dont les plus célèbres sont Westinghouse (1960), UPS (1961), ABC et Cummins Engine (1962), IBM avec son fameux logo stripé et son poster Eye-Bee-M (années 70-80), Yale University Press et NeXT (1986). En bon passeur, il transmet sa vision et son savoir-faire à des générations d'étudiants de Yale.

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Eye-Bee-M Poster, 1981

 

Publicités, livres pour enfants, couvertures, affiches, logos d'entreprise, ses images sont toujours en apparence d'une grande simplicité, mais aussi d'une grande richesse conceptuelle.



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Couvertures des livres pour enfants d'Ann et Paul Rand, Harcourt, Brace and World, 1956, 1957, 1962, 1970

Son langage graphique est emblématique : une approche directe et dépouillée, visant à la lisibilité et à l'objectivité, un engagement total au service de la signification.


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Couvertures réalisées par Rand dans les années 50 

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Kaufmann's, années 50, Subway, 1947, Idea Magazine, 1984, Jazzways, janvier 1946, Interfaith Day, 1953

 

Biblio sélective :
Thoughts on Design (1947), Paul Rand. A Designer's Art (1985) et From Lascaux to Brooklyn. Design Form and Chaos (1996).
Deux monographies : Paul Rand de Steven Heller (1999), et Paul Rand : Modernist Design de Franc Nunoo-Quarcoo (2003).
La première exposition qui lui a été consacrée en Europe a eu lieu dans le cadre du Festival international de l'affiche et des arts graphiques de la ville de Chaumont du 12 mai au 24 juin 2007.


Rand-Donkey-1954.pngDonkey, peinture de Paul Rand, 1954

Bref, allez vite voir son site officiel, très complet, avec l'ensemble de ses réalisations en images. TOUT y est.
Une vidéo réalisée en 2007 par Imaginary Forces pour The One Club à partir d'images animées et d'extraits sonores de Rand :

 

Paul Rand by Imaginary forces

 

©Paul Rand et  ©Marion Swannie Rand/Paul Rand archives

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 06:01

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Ce peintre-là est une rêveuse.

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Son univers est celui d'une mythologie sans nom, sans visage mais qui a du corps ! Les silhouettes humaines ou animales s'enchevêtrent, se déchirent ou se jumêlent quand elles ne sont pas empêtrées dans leurs carcans d'habits. Le sang, très présent dans son œuvre, n'est pas donné en pâture mais souligne les blessures, comme pour mieux les panser. Les chevaux tirent les rennes de pantins désarticulés. Une crudité apaisée par des couleurs tendres et douces.

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Toiles, journaux, cartes à jouer, papiers divers... Tous les supports et les motifs sont bons pour perpétuer l'œuvre de cette Bretonne, qui se déploie comme on tisserait une toile. Lentement, mais sûrement.

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Alexandra Duprez est née à Quimper en 1974. Diplômée de l'École des Beaux-Arts de Quimper, encore peu connue du grand public, elle expose depuis 1995 dans plusieurs galeries, en France, à Bruxelles et aux Pays-Bas ; elle a participé à plusieurs expos collectives à Gand et à Prague.

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Elle ne donne pas de titres à ses tableaux, laissant la liberté à celui qui les regarde de les interpréter et de s'approprier les émotions qui s'en dégagent. En sortant de son atelier-galerie de Douarnenez, qui peut dire s'il se réveille, ou s'il s'endort ?

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Alors bien sûr, on retrouve les empreintes et le travail des matières et des couleurs, qui ne sont pas sans rappeler la technique d'un Gianpaolo Pagni et la poésie de Chloé Poizat. Mais faut-il vraiment comparer l'œuvre d'Alexandra Duprez à celles de ses contemporains, tant elle a su trouver son expression ?

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Peu de publications à son actif, on espère des parutions prochaines !

+ d'infos :
Très beau (mais trop bref) catalogue Peintures, Alexandra Duprez / Les Métamorphoses éditeur, 2007. 15€
Elle expose actuellement à la 21e édition d'Arts et peintures à Pluguffan (29) jusqu'au 11 avril 2010.
Galerie Pierre Hallet • 33 rue Ernest Allard • 1000 Bruxelles
Galerie Pierre et Marie Vitoux • 3 rue d'Ormesson, place Saint-Catherine • 75004 Paris
La petite sirène de Myriam Hallié, peintures d'A. Duprez / Esperluète, 2007. 18,50€
Parution dans Féminin pluriel, 120 femmes s'expriment, Area revue / Descartes et Cie, oct. 2009. 28€
Parutions presse : Nouvel Obs, Télérama, 9 de cœur

 

©Alexandra Duprez

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 23:25
kitty_crowther9.jpgAnnie du Lac, Pastel, l'école des loisirs, 2009

L'auteur illustratrice belge de livres jeunesse vient de recevoir à Bologne le prestigieux Astrid Lindgren Memorial Award, le "Nobel" de la littérature jeunesse, pour l'ensemble de son œuvre.

Découverte en 1992 au Concours international d’illustration Figures Futur (dont le prix est attribué chaque année à un jeune illustrateur par le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil), lauréate du Grand Prix triennal de littérature de jeunesse décerné par le ministère de la Culture en 2006, Kitty Crowther a été récompensée pour Annie du lac (Pastel) par le prix Baobab 2009, décerné par le CLPJ 93 (Centre de promotion du livre de jeunesse de la Seine-Saint-Denis) et Le Monde lors du Salon du Livre de jeunesse de Montreuil.


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Paysages nordiques dans Annie du Lac, Pastel, l'école des loisirs, 2009


Trêve de blabla sur les prix, quand poésie, humour, non-sens et grâce pourraient résumer les livres de Kitty Crowther. D'origine anglo-suédoise, elle apprécie particulièrement la littérature enfantine des pays nordiques (notamment les Moomins !). La nature et une certaine lumière blanche sont d'ailleurs très présentes dans ses dessins. Les ombres le sont également.

Kitty Crowther utilise principalement le crayon de couleurs, mais quelle que soit la technique utilisée, l
e trait est tremblotant, comme pour ne pas s'imposer et mieux nous laisser entrer dans l'histoire. « Je ne supporte pas les lignes droites, elles ne me rassurent pas du tout. » Elle dessine dans des carnets pour être, dès le départ, en contact avec un livre. Sa première esquisse est souvent la bonne et avant de commencer une histoire, elle n'en connaît pas le déroulement. Elle se laisse guider par un ou plusieurs dessins, sa main et sa sensibilité font le reste. « Le côté fascinant de la création, ce sont les liens très forts entre une émotion vécue et sa réapparition sous une forme ou l'autre. »
kitty_crowther17.jpgInfluence inuit pour les masques dans La visite de la Petite Mort, Pastel, l'école des loisirs, 2004

 

Si Kitty Crowther est curieuse et sans doute influencée par une multitude de scènes de la vie quotidienne, on pense souvent à l'univers du réalisateur Miyazaki, notamment dans La visite de la Petite Mort (Le voyage de Chihiro) et Dans moi  pour ses petits personnages (les kodamas de Princesse Mononoké).


kitty_crowther10.jpgDans moi, texte d'Alex Cousseau, MeMo, 2007

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Les kodamas (sylvains) de Miyazaki dans Princesse Mononoké, petit peuple à la fois touchant et un peu effrayant


Elle "maquille" ses personnages de peur de les enfermer dans leur statut. On ne sait jamais s'il s'agit d'un animal déguisé en humain ou l'inverse. On le devine, mais on n'en est finalement jamais sûr. Ils sont présents et actifs dans l'histoire sans qu'on s'interroge sur leur lien de parenté. Dans la série Poka et Mine (Pastel, l'école des loisirs), on ne sait pas exactement quels insectes représentent les deux protagonistes. Curieusement, les lecteurs cherchent presque toujours à les identifier, en tant qu'insectes ou à travers leur rôle, comme des parents, par exemple.

kitty_crowther4.jpgAnnie du Lac, Pastel, l'école des loisirs, 2009

Il se passe toujours plein de choses dans ses pages. Des détails qui ont leur importance et, toujours, des choses qui existent en côtoient d'autres qui n'existent pas. C'est cette frontière-là qui l'intéresse : ce qu'elle appelle le "réalisme magique".



Malentendante de naissance, l'image et le mystère du quotidien ont une place prépondérante dans sa vie depuis toujours. Auteur d'un album sans texte (Va faire un tour, Pastel, l'école des loisirs, 1995)  le livre a toujours été très important pour elle, voire capital. On se l'approprie, il nous accompagne. La plupart de ses livres sont édités dans un petit format, elle est plus à l'aise dans ce petit espace, comme pour entendre.

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La visite de la Petite Mort, Pastel, l'école des loisirs, 2004

Les angoisses enfantines, la mort, le deuil, la solitude, l'inconscient, le rapport à soi et à son corps sont des thèmes récurrents dans son œuvre, toujours abordés avec douceur et finesse. Les enfants se révèlent sages et malicieux alors que les adultes sont représentés gauches et maladroits dans ses illustrations qui interpellent mais n'effraient jamais.

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Dans moi, texte d'Alex Cousseau, MeMo, 2007

« Je veux être juste, donner de la fluidité, oublier et retravailler, m’abandonner pour trouver la solution sans avoir à chercher midi à quatorze heures. C’est ma lucidité, mon exigence, ma manière d’être juste sans trop prendre de place, juste ma place. » En fouillant dans son vécu pour en tirer des images justes et sincère. « Être soi-même, être original, c’est peut-être tout simplement retourner à l’originel. »

On ne lit pas les histoires de Kitty Crowther. On les voit, on les touche, on les sent et, parfois même, on en rêve.


Le banc, animation réalisée en duo avec Bruno Salamone pour l'expo Aller-retour organisée par L'Articho


+ d'infos :

Une vidéo sur le site de l'école des loisirs ICI
Un entretien très bien mené par la librairie L'Autre Rive (Nantes) en 2002, sur le site de Citrouille
2 impressions en quadrichromie numérotées et signées à vendre sur le site de La maison est en carton
Un entretien de 1996 qui en dit long sur la démarche de Kitty Crowther sur le site de Livres au trésor
Compte-rendu de la rencontre du 13 septembre 2007, organisée par la Joie par les Livres pour Les visiteurs du soirs à la BNF, dispo en PDF
Le monde de Kitty Crowther / Pastel, l'école des loisirs, 2007 (fascicule
gratuit)
Biographie complète réalisée par la Bibliothèque Hergé en 2008 ICI

Biblio sélective :
Va faire un tour / Pastel, l'école des loisirs, 1995
Mon ami Jim / Pastel, l'école des loisirs, 1996
Moi et Rien / Pastel, l'école des loisirs, 2000
Scritch scratch dip clapote ! / Pastel, l'école des loisirs, 2002
L'enfant-racine / Pastel, l'école des loisirs, 2003
La visite de Petite Mort / Pastel, l'école des loisirs, 2004
Poka & Mine / Pastel, l'école des loisirs (2005 à aujourd'hui)
Dans moi d'Alex Cousseau / MeMo, 2007
Petits poèmes pour passer le temps de Carl Norac / Didier Jeunesse, 2008
Le petit homme et Dieu / Pastel, l'école des loisirs, 2010

 

kitty_crowther3.jpgDessin réalisé pour l'asso L'Articho



Illustrations ©Kitty Crowther et les éditeurs cités
Vidéo
Le banc ©Kitty Crowther et Bruno Salamone

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