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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 12:43

marc-antoine mathieu

Dessinateur et scénariste, graphiste ou encore scénographe, Marc-Antoine Mathieu propose depuis une trentaine d'années une œuvre hautement singulière, qui tient du roman graphique et du théâtre de l'absurde, de la poétique mathématique et de la philosophie du rien. Une arithmétique du dessin au service du signe qui fait sens.

Quand Nietzsche, Beckett, Ionesco, Kafka, Borgès, Devos s'en mêlent sans vergogne : trucs et astuces, farces et attrapes, tours de passe-passe et prestidigitation.

 

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Mathieu avant tout rêve. Mathieu s'interroge, cherche, suggère. Mathieu met en abîme, file la métaphore et l'ellipse. Par son approche très conceptuelle, c'est le regard et la réalité qu'il questionne. Avec sens de l'humour et humour du non-sens. À travers artéfact et avatar, il impose comme un silence dans lequel la forme et l'espace repoussent leurs limites, où la temporalité se libère de la ligne. Les thèmes abordés : le temps et l'espace, leurs dimensions, la mémoire, l'identité, les mathématiques et la logique, la métaphysique, la société de masse et le pouvoir de la communication, etc. Ses moyens : une parfaite maîtrise du noir et blanc et surtout de la mise en scène graphique.

 

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Tout commence avec la création en 1985 de l'atelier Lucie Lom, un atelier de graphisme et de scénographie qui réalise des installations d'expositions pour le festival d'Angoulême (Espagne-Espagne, 1989, Gode Save the Comics, 1990, Moebius/Giraud, 2000), La Villette (Opéra Bulles, 1991), Beaubourg (Ombres et Lumière, 2005), BD à Bastia (Grotte Book, 2011).

 

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Et en 1990, Marc-Antoine Mathieu débarque avec fracas sur le devant de la scène, avec le premier volume des aventures de Julius Corentin Acquefacques, L'Origine, un album déroutant, qui se joue avec malice des codes du neuvième art. Suit rapidement le deuxième de la série, La Qu…, qui figure déjà dans les albums indispensables de l'année 1991. Mais c'est avec le troisième volet, Le Processus, qu'il opère une véritable révolution hélicoïdale, construisant la première spirale en volume de l'histoire du genre. En 1995 paraît le quatrième tome, Le Début de la fin, tout aussi innovant, et en 2003 le cinquième, 2,333e dimension, dans lequel le désormais célèbre héros kafkaien semble avoir perdu le point de fuite ! Sombre perspective. Jusqu'en 2013, après dix ans de silence, quand le sixième volume paraît et Julius disparaît, Le Décalage, comme une déchirure…

 

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Dans le labyrinthe Mathieu, règnent l'inventivité et l'illusionnisme au service de l'imaginaire. Au cœur du système, l'absurde se mêle aux réflexions philosophiques et voisine avec la logique et les concepts mathématiques. La réalité est en pièces, il faut donc reconstruire le puzzle. Refléter l'inconcevable, réfracter, diffracter. Dévoiler un monde autre, en différé.

 

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Dans tous ses albums, Mathieu passe au crible la société occidentale actuelle dans son ensemble et dresse un état des lieux peu reluisant de la pensée contemporaine. Les tracés, les espaces et les vides se suffiraient-ils à eux-mêmes ?

 

marc-antoine mathieu 3''

 

Bibliographie :

• Série « Julius Corentin Acquefaques, prisonnier des rêves », chez Delcourt, 1990-2013 :
1. L'Origine, 2. La Qu…, 3. Le Processus, 4. Le Début de la fin, 5. La 2,333e dimension , 6. Le Décalage

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Paris-Mâcon, Futuropolis, 1987
La Mutation, L'Association, 1997
Le Cœur des ombres, L'Association, 1998
Le Dessin, Delcourt, 2001
L'Ascension et autres récits, Delcourt, 2005
Mémoire morte, Delcourt, 2006
Les Sous-sols du Révolu, Futuropolis, 2006
La Voiture symétrique, L'Association, 2007
Dieu en personne, Delcourt, 2009
3 ’’, Delcourt, 2011
Labyrinthum, L'Association, 2014

 

+ d'infos :

• Le site de Marc-Antoine Mathieu
• Le site de l'atelier Lucie Lom
• Côté interview : sur ActuaBD pour Le Décalage et la série Acquefaques, avec Vincent Henry sur BD Selection, avec Sasha Watson sur Arthur Magazine (en anglais) ou ici (traduit par Théo en français), sur Dieu en personne pour les éditions Delcourt
• À lire aussi, le papier d'Éric Bouchard sur Mémoire morte, publié sur le blog Le Délivré de la Librairie Monet, ett l'analyse d'Adrien Genoudet

 

Illustrations ©Marc-Antoine Mathieu/Delcourt

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:00

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Nous avons découvert en 2010 à l'occasion d'une exposition temporaire à Tromsø, au nord de la Norvège, le travail de Ragnar « Rax » Axelsson, un photographe islandais qui parcourt inlassablement les terres du Grand Nord.

 

Photojournaliste de 55 ans, il travaille depuis la fin des années 70 pour le compte du quotidien islandais Morgunblaðið, ne manquant aucune des éruptions volcaniques, tempêtes, naufrages, avalanches qui ponctuent presque chaque année la vie islandaise…

« Le grand frisson pour un photographe, c'est d'arriver à prendre LA photo d'une éruption volcanique, d'un sauvetage en mer ou d'un événement spectaculaire. On est prêt à tout, même à monter dans un petit biplace dans les pires conditions météorologiques. […] Je suis toujours sur les charbons ardents quand un tel événement se produit. Comme un sprinter dans les starting-blocks. »

 

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À ses moments libres, il laisse son appareil photo numérique au placard et part sillonner le pays, argentiques à l'épaule. Cette terre regorge de richesses. L'île, en son centre, est un vaste plateau désert et inhabité, parcouru d'étendues de roches volcaniques à perte de vue. Les glaciers occupent près de 10 % du territoire. Une nature toute en nuances que l'œil du photographe redessine à travers son objectif :

« Les glaciers sont la mémoire du monde. Ils racontent l'histoire des volcans et des écosystèmes anciens. On y lit comme dans un livre ouvert la grande saga de notre planète. J'ai exploré les entrailles des glaciers : on y découvre des grottes surprenantes où les jeux de lumière sont spectaculaires. »

 

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Au pied du Vatnajökull, le plus grand glacier d'Europe, au sud de l'île, la lagune glaciaire de Jokulsarlon avec ses icebergs :

« Les icebergs dessinent des formes figuratives, des monstres éphémères encore plus incroyables que ceux esquissés par les reliefs des montagnes. D'étranges silhouettes qui, comme des mirages, apparaissent pour disparaître aussitôt. À force d'être sculpté et poli par la houle, un iceberg devient aussi chatoyant et translucide que du cristal. À l'intérieur, on y découvre toutes sortes de visages et de personnages. J'aime photographier ces fantômes qu'on dirait libérés d'un charme après des siècles de sommeil. »

 

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Ragnar Axelsson, sensible aux multiples visages que la nature offre à son regard, est aussi avide de rencontres :

« Chaque fois que je croise une personnalité intéressante, je m'arrête et j'engage la conversation. Souvent, des heures se passent avant que je ne prenne mon premier cliché. »

Ses modèles de prédilection sont les vieilles personnes, les pêcheurs en déserrance, les agriculteurs reclus qui peinent à survivent dans leurs fermes isolées, quasi inaccessibles au fin fond des régions les plus reculées d'Islande…

« J'aime les visages qui racontent une histoire. »

Ces gens qui se frottent durement à la vie font souvent montre d'une grande curiosité et d'une connaissance intime de la nature.

 

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Il effectue aussi une trentaine de voyages au Groenland, parcourant le territoire en traîneau à chiens. Bien avant que la question du changement climatique ne devienne un sujet brûlant, il est témoin, année après année, des modifications du climat et de la diminution de la banquise. Et il nous livre en effet un témoignage poignant sur ce qu'il appréhende comme étant « les derniers jours de l'Arctique », son crépuscule.

 

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La première fois qu'il se rend à Qaanaaq, l'excitation est à son comble :

« Je trépignais d'impatience de découvrir enfin ce pays fascinant. C'était comme remonter le temps et pénétrer dans un monde qui n'existait que dans les livres. Je réalisais à quel point ces paysages et ces gens étaient photogéniques, mais avant de pouvoir utiliser mon appareil photo, il me fallut gagner leur confiance. »

 

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Le chasseur Masauna le prend sous son aile, comme le feront à leur tour ses fils Vikilé et Mamarut à sa mort. Les regards et les gestes leur permettent de communiquer. Il accompagne ainsi les chasseurs inuits qui subsistent de la chasse au phoque, à la baleine, à l'ours blanc, par moins 40, devant affronter le blizzard.

Il lui arrive de passer quatre semaines d'affilée sur la banquise :

« Quand on est sur la banquise, la solitude est totale. Les rares bruits qui se font entendre ne sont plus que des déclinaisons du silence. Un silence tellement assourdissant qu'on se met à percevoir les sons les plus ténus. Mais le bruit du vent et les craquements de la glace disent tous la même chose : tu es seul aux confins du monde. »

Chasser demande beaucoup d'abnégation, d'attente et d'errance. Et le plus souvent, il n'y a rien à photographier dans ces étendues immaculées. À Ittoqortoormit, au sud-est du Groenland, Ragnar Axelsson participe à une chasse à l'ours polaire. Pendant des jours, ils suivent les traces, mais pas un seul cliché correct de l'un d'eux. À l'instar des chasseurs, il rentre bredouille la plupart du temps…

 

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Faute d'argent, il retourne au pays et attend de trouver des fonds pour un nouveau voyage qu'il espère chaque fois plus chanceux. Au fil des années, il a gagné la confiance de la population et s'est lié d'amitié avec les chasseurs.

« Ce pays exerce sur moi l'attraction d'un aimant. Mais à chacun de mes voyages, je perçois de nouveaux signes de la disparition progressive d'un mode de vie. »

Une civilisation vieille de plus de 4000 ans qui survit dans des conditions extrêmes et semble condamnée à disparaître. Parfois, dans un seul visage, une seule des photographies de Ragnar Axelsson, se lit toute l'histoire de ce pays et de son peuple. Les Inuits s'inquiètent pour leur avenir. Ils ne peuvent plus rejoindre leurs aires de chasse habituelles, au bord de la banquise, où le gibier est plus abondant, car la glace est devenue trop fine et dangereuse. Ils s'adaptent, creusent des trous dans la glace et attendent que les phoques viennent respirer. Les méthodes ont évolué, la saison de chasse est devenue plus courte. Au Groenland, les temps ont changé. Des villages autrefois débordant de vie sont désormais à l'abandon.

 

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En dépit de leurs efforts, soumis à la loi des quotas, leur avenir est grandement menacé par la fonte des glaces, accélérée par le réchauffement climatique, et leur quotidien a profondément changé. Impuissance, résignation. Sans compter une autre menace de taille : les énormes enjeux économiques autour des richesses naturelles que recèle l'île – fer, minerais, pétrole –  et la voracité des gouvernements étrangers.

 

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La mission que le photographe s'est donnée : fixer sur la pellicule un mode de vie peu connu, figer les choses avant qu'elles ne disparaissent totalement et, pour cela, les ressentir pleinement avant de pouvoir les restituer.

« L'Arctique nous confronte à de nouveaux défis. De tous temps, les hommes qui vivent sous ces latitudes ont lutté pour s'adapter à leur environnement, et ils devront continuer à le faire. […] Mon récit en images est ma contribution à la nécessaire prise de conscience des effets du réchauffement climatique sur la vie quotidienne des peuples du Nord. »

 

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Quant à l'avenir de son propre métier, Ragnar Axelsson est inquiet. La photographie a perdu sa place dans les médias. Avec l'apparition d'internet et de la vidéo, la photographie professionnelle semble elle aussi en désérrance. Les journaux ne publient plus que des clichés souvent pauvres et creux qui ne signifient rien. Avec l'apparition du numérique et la multiplication des photographies d'amateurs, le photographe de profession se doit de produire toujours plus de meilleurs images. Il faut aller et faire plus vite. Pour Axelsson cependant, la photographie aura toujours un pouvoir d'expression supérieur aux mots.

 

Il utilise le numérique, un Canon, uniquement pour ses travaux de reportage destinés aux journaux. Pour ses travaux personnels, il préfère le noir et blanc argentique, qui conserve une force d'expression qui ne saurait être égalée. Il utilise un Leica M4-P ou M6, un Mamiya 7 ou encore un Linhof, couplés avec des objectifs 21, 28, 35, 50 mm pour le Leica, 43 mm pour le Mamiya 7, et des pellicules Kodak Tri-X ou T-Max 100. Il effectue bien sûr lui-même ses tirages :

« Mes tirages sont volontairement sombres. J'utilise du ferricyanure de potassium pour éclairer certaines parties de la photo et lui donner la bonne profondeur. C'est un travail de précision, et il n'est pas rare que je reste enfermé plusieurs jours dans mon laboratoire pour obtenir le résultat souhaité. »

 

Ses photographies en noir et blanc sont intemporelles, ouatées de silence, peuplées de solitudes. Capter dans sa fugacité le mouvement, l'instant, l'atmosphère, ce que le regard exprime. S'il y a tant de portraits chez Ragnar Axelsson, c'est que les visages sont pour lui la mémoire des pays et de leurs habitants, ils en reflètent l'histoire.

Dans chaque livre, un personnage pour fil conducteur : le chasseur inuit Masauna et ses fils, l'ermite islandais Gudjon Porsteinsson, un gardien de troupeau lors de la transumance…

« Je souhaite que toutes les images que j'ai collectées au fil des ans perpétuent la mémoire de ces gens admirables qui chaque jour de leur vie ont dû relever les immenses défis de la nature. »

 

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Face à ses livres, il exprime une satisfaction teintée de regret : il aimerait refaire certains clichés, ou en avoir pris d'autres. Mais il est important de continuer à documenter les choses au jour le jour, et donc d'écrire les premiers chapitres d'une histoire qui se poursuivra sans lui :

« Les mots d'un chasseur inuit que j'ai rencontré un jour au Groenland sont restés à jamais gravés dans ma mémoire. Ces mots sont en filigrane de toutes mes photos, et c'est ce message que je veux transmettre au monde. Il disait : “J'aime ma terre. Elle m'a tant donné. Elle peut me laisser vivre ou prendre ma vie. Aujourd'hui, elle m'a laissé vivre. »

 

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Bibliographie :
Faces of the North (Andlit Norðursins), Reykjavík, Mál og menning, 2004; publié en anglais, français et allemand en 2005
Last Days of the Artic (Veiðimenn norðursins), Reykjavík, Crymogea, 2010; publié en anglais et en allemand en 2010
• À paraître en mars 2013 chez Acte Sud, un Photo Poche consacré à Axelsson : une soixantaine de photographies réalisées au Groenland. 144 pages, 13 €
• À paraître en 2013 ou 2014, Round Up, ses photos de la transumance dans la région de Landmannalaugar au sud de l'Islande.

 

+ d'infos :
• Le site internet de Ragnar RAX Axelsson, où l'on peut commander directement au photographe des tirages numérotés et signés.
The Last Days of the Arctic, un très beau documentaire de Magnús Viðar Sigurðsson sur le travail de Ragnar Axelsson, où se mêlent ses clichés et ses rencontres avec les personnes qui sont à l'origine des portraits saisissants qui parcourent ses livres. Une production Sagafilm, distribuée par Mercury Media, à commander ICI. (Une version courte de 60 minutes a été diffusée sur la BBC en mai 2011. La version longue en français a été diffusé par Arte sous le titre Les Visages de l'Arctique en décembre 2011. À revoir sur Youtube (Webanix) en six épisodes de 15 minutes qui s'enchaînent : ICI.)
Polka, n°16, janvier 2012 : « Pôle Nord : la grande glace est malade », un article de Laurence Butet-Roth avec des photographies de Ragnar Axelsson.

 

Photos © Ragnar Axelsson

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 11:51

Merz11 plat

Couverture du numéro 11 de la revue Merz

 

Merz ! Vous avez dit Merz ? Comme c'est étrange… Le mouvement Merz, proche dans l'esprit du dadaïsme et du constructivisme, et où il entre aussi un peu du Bauhaus, a été crée par Kurt Schwitters en 1919. Il repose essentiellement sur la récupération, le détournement et le collage. Le nom provient à l'origine d'un groupement de lettres découpé par Schwitters dans une annonce de la Commerzbank. Il est utilisé pour désigner le tableau Merzbild I, et recouvrera dès lors l'ensemble de la production picturale, poétique et architecturale de l'artiste allemand.

 

Merzbild I

Merzbild I, 1919


Né à Hanovre en 1887, Kurt Schwitters (1887-1948) a étudié la peinture à l'école d'art de sa ville natale, puis à l'académie des beaux-arts de Dresde. Très vite, il se détourne des canons de l'esthétique pour donner libre cours à sa fantaisie. Son dada : collecter dans la rue des détritus qu'il destine à ses collages. Fragments divers et disparates, morceaux de journaux et d'affiches, tickets de bus usagés, bouts de tissus, boutons, fils de fer… Avec Schwitters, le recyclage fait une entrée aussi hasardeuse que fracassante dans le monde de l'art.

 

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Anna Blume, 1919 et Die Kathedrale, 1920

 

En 1919, Kurt Schwitters publie dans la revue berlinoise Der Sturm le poème collage Anna Blume, où il se joue des mots et de la syntaxe allemande. Le poème annonce l'orientation de l'œuvre à venir, à la manière d'un prélude.

 

  Merz1920a  Merz1921b

Deux tableaux merz, de 1920 et 1921

 

En 1920-1922, Schwitters réalise un Miroir-Collage, aujourd'hui conservée au musée d'Art moderne de la ville de Paris. L'œuvre a été encadrée par Tristan Tzara en 1957, qui ne laisse visible que la partie ovale travaillée du cadre du miroir.

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Miroir-Collage, vers 1920-1922

 

Ami de Raoul Hausmann et de Hans Arp, il se rapproche de Théo Van Doesburg et El Lissitsky au début des années 1920, et commence à s'intéresser de très près à la typographie. En janvier 1923, il édite à Hanovre le premier numéro de sa revue Merz, consacré à De Stilj, et crée l'année suivante une agence de publicité du même nom, la Merz Werbezentrale.

 

Merz Werbezentrale1924

Merz Werbezentrale1925

Merz Werbezentrale1926

Merz matineen1927

Enveloppe, prospectus et publicités pour la Merz Werbezentrale, 1924, 1925, 1926 et 1927

 

La revue Merz comptera 24 numéros, publiés entre 1923 et 1933, dont trois ne paraissent pas. Kurt Schwitters y énonce ses principes typographiques et préside à l'esthétique globale de la revue, mais la mise en page est l'œuvre du typographe suisse Jan Tschilchold. Le numéro 11 mettra en lumière ce travail sur la typographie.

 

Merz1  Merz2  Merz3

Merz4  Merz8-9  Merz11

Merz16-17  Merz21

  Couvertures de huit numéros de la revue Merz

Merz1 p4  Merz2 p26

Page 4 du n°1 et page 26 du n°2 de Merz, 1923

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Page 38 du n°4, 1923, et page d'abonnement à la revue Merz à la fin du n°8, 1924

 

Le dernier numéro de la revue, le numéro 24, est consacré à l'UrSonate (Sonate mit Urlauten). Le texte est ici agrémenté d'annotations diverses concernant la construction musicale et les particularités de prononciation et d’énonciation. Des signes destinés à aider un éventuel interprète sont incorporés à la partition, dessinée par Jan Tschilchold à la demande de Schwitters. Si le rythme et la mélodie respectent les règles de la sonate traditionnelle, en quatre mouvements, l'artiste se joue de la typographie et de la phonétique en répétant inlassablement, à la manière d'un collage, la décontraction du poème sonore qu'Hausmann a donné en 1918, "fmsbwtözaüpggiv…".

 

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Raoul Hausmann, fmsbwtözäupggiv, 1918

 

Un langage totalement libéré de ses normes où règne la lettre même. S'il s'agit de suivre les règles strictes de la sonate, donc, de multiples variations sont possibles, et c'est en fin de compte à l'expressivité, l'imagination, l'inventivité, la créativité du récitant de déborder la partition. La Ursonate est conçue en 1921, achevée en 1932, et enregistrée ;  elle consiste en répétition compulsive de mots sans signification, sur 19 mélodies différentes, et dure 55 minutes. Man Ray a photographié l'auteur la récitant. Le CD de l'UrSonate, réédité en 1990. Ces dernières années, Eberhard Blum et Jaap Blonk ont entrepris l’exercice difficile de sa récitation.

 

 

Enregistrement de Schwitters récitant la Ursonate le 5 mai 1932 à Frankfort


En 1927, Schwitters fonde les abstraits de hanovre, avec quatre autres artistes avant-gardistes : Carl Buchheister, Rudof Jahns, Hans Nitzschke, et Friedrich Vordemberge-Gildewart. Il s'agit de transposer les principes de l'abstraction aux arts appliqués et à l'architecture. Un travail que Schwitters a commencé dès 1922 dans son propre atelier, utilisant les rébus de la société industrielle accumulés durant des années pour édifier le célèbre Merzbau, une construction architecturale d'intérieur en bois et plâtre qui comprend un ensemble de colonnes singulières contenant une multitude d'objets, imbriquées et assemblées dans un espace de huit pièces investies par l'artiste. Détruit lors des bombardements anglais sur Hanovre en octobre 1943, le Merzbau est reconstruit à plusieurs reprises par Schwitters partout où il a vécu, d'abord en Norvège où il s'est exilé en 1937 avec son fils Ernst pour fuir le nazisme (le Haus am Bakken de Lysaker, en 1938, détruit par un incendie en 1951, et une construction inachevée à Hjertoya), puis en Angleterre à partir de 1940 lorsque les Allemands envahissent la Norvège (le Merbarn de Elterwater, commencé en 1947, inachevé quand l'artiste meurt à Ambleside en 1948).

 

Merzbau

Photographie du Merzbau, le gigantesque atelier de Schwitters, par Wilhelm Redemann, 1933

 

Du Merzbau original, il ne reste que trois photographies prises en 1933 par Wilhelm Redemann. Et en 1981-1983,  Peter Bissegger s'appuie sur l'étude très poussée de ces photos pour reconstruire le Merzbau, avec l'aide des souvenirs d'Ernst Schwitters, qui était âgé de 8 ans avant l'exil. La scène reconstruite sera exposée avant d'intégrer le musée Sprengel de Hanovre. Une copie mobile de la copie de Bissegger sera exposée à Londres en 1988-1989 pour la rétrospective Dada et le constructivisme, avant d'être montée et démontée une vingtaine de fois à travers le monde.
Le centre Georges-Pompidou organise la première rétrospective Schwitters en France en 1994.


Bibliographie séléctive :

Merz, écrits choisis et présentés par Marc Dachy suivi de Schwitters par ses amis. Ursonate, fac-similé de la typographie originale, enregistrement de son interprétation par son auteur (CD). Textes allemands traduits par Marc Dachy et Corinne Graber. Textes anglais traduits par Marc Dachy, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1990.
Anna Blume, édition établie par Marc Dachy, traduit de l'allemand par Marc Dachy et Corinne Graber, éditions Ivrea, Paris, 1994, édité avec le CD audio de l'UrSonate.

 

+ d'infos :
La fondation Schwitters d'Hanovre
Parcourir 8 numéros de la revue Merz et l'édition de 1922 de Memoiren Anna Blumes in Bleie

La collection Schwitters du MoMA

Œuvres ©Kurt Schwitters

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 13:27

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Les séries animalières de Jean-François Calvo ont marqué les années 40 et 50, et notamment les années de guerre : La Bête et morte, Rosalie, Patamousse, Moustache et Trottinette

 

Calvo Moustache

Moustache et Trottinette

 

La tradition du dessin animalier remonte à Grandville, Benjamin Rabier et Beatrix Potter. Parmi leurs successeurs, Walt Disney, Tex Avery et Charles M. Schulz bien sûr, mais aussi George Herriman, le créateur de Crazy Kat, Raymond Macherot avec Chlorophille, Lewis Trondheim et son Lapinot… Le bestiaire de la bande dessinée est immense et la métaphore s'exerce aussi bien du côté de l'humour, de la satire ou de la fable, qu'ancrée dans l'histoire ou l'autobiographie.

 

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Cricri

 

Né à Elbeuf (Normandie) en 1892, il commence sa carrière de dessinateur en 1919 comme caricaturiste au Canard enchaîné, avant de diriger en bon sculpteur une fabrique de sabots, puis une auberge. Après avoir fait faillite, il revient au dessin en 1938 et pour les magazines d'Offenstadt /SPE, la Société parisienne d'édition étant spécialisée dans les albums populaires et les illustrés – Fillette, L'Épatant, L'As (La Vengeance du Corsaire), Junior (Le Chevalier Chantecler) – et autres périodiques.

 

Calvo Fillette  Calvo Gulliver

Couverture d'un magazine Fillette de 1939 et couverture des Voyages de Gulliver, SPE, 1941

 

Après avoir publié ses deux premiers albums chez SPE – Robin des Bois (1939) et Les Voyages de Gulliver (1941) – il publie La Croisière fantastique, Croquemulot et Un chasseur sachant chasser aux éditions Sépia en 1942-1943.

 

Calvo Croquemulot  Calvo Chasseur

Couvertures de deux albums de Calvo parus aux éditions Sépia en 1942-1943

 

En 1943, il revient chez SPE avec Patamousse, le jeune lapin parti explorer l'univers à bord de son astronef. À la Libération, il publie dans les illustrés pour enfants – Cœurs vaillants, Tintin, Zorro, etc. Le succès grandissant de Calvo s'explique en partie par le contexte : durant la guerre, les fanzines américains ne parviennent plus jusqu'en France et la télévision, avec son lot de dessins animés, n'a pas encore envahi les foyers…

 

Calvo Patamousse

Couverture de Patamousse, SPE, 1943

 

Entre 1944 et 1949, il fait paraître de nombreux albums aux éditions GP (Générale Publicité), dont les célèbres La Bête est morte ! (qui paraît en deux fascicules en 1944-1945) et Les Aventures de Rosalie, mais aussi Anatomies atomiques (1945) ou encore Mr. Loyal (1946).

 

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Couverture du second fascicule de La Bête est morte ! et planche extraite du premier, GP, 1944-1945

 

Sa transposition de la Seconde Guerre mondiale dans le monde animal, La Bête est morte !, réalisé clandestinement et publié en 1944-1945, est un véritable coup de maître. Pour illustrer le texte de Victor Dancette (l'éditeur de GP), aidé pour le premier fascicule de Jacques Zimmermann (dont le nom disparaîtra dès la première réédition), Calvo a recours à un fabuleux bestiaire : les loups allemands, les ours russes, les lapins et les écureuils français, les bizons américains, les bouledogues britanniques, mais aussi les hyènes italiennes, les lionceaux belges, les singes japonais…

 

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Doubles pages extraites des premier et second fascicules de La Bête est morte !

 

La "bête" représentée sur la couverture, dont l'identification ne laisse aucun doute, emprunte ses traits au grand méchant loup de Walt Disney, qui demandera à ce que le personnage soit redessiné afin d'estomper la ressemblance avec son modèle : la truffe sera supprimée dans les rééditions successives. Première bande dessinée à faire mention de la Shoah, et ce dès 1944, cette satire de l'Occupation est l'album de la Libération par excellence. Près de cinquante ans plus tard, Art Spiegelman donnera Maus.

 

Calvo Rosalie  Calvo Rosalie3

Couverture et planche des Aventures de Rosalie, GP, 1945

 

Ses compositions en pleine page, la justesse et la minutie de l'exécution, le soucis de la mise en scène, le sens du mouvement et de la dynamique jusque dans l'agencement de l'arrière-plan sont caractéristiques. Calvo est inventif, il compose, insinue l'humour dans le drame, pratique l'art de la courbe et de l'arrondi, tout cela dans un foisonnement de détails d'une étonnante lisibilité – en regard du texte trop souvent simpliste, mal ficelé ou tout bonnement sans intérêt. C'est le tout image, sans règle de lecture, sans hiérarchie.

 

Calvo Anatomies1  Calvo Anatomies2

Couverture et planche des Anatomies atomiques, GP, 1945


Calvo Loyal  Calvo Loyal2

Couverture et planche de Mr. Loyal, GP, 1946

 

Calvo réalise également de mémorables adaptations de fables et contes pour enfants (La Belle au bois dormant en 1947, Cendrillon et Le Petit Chaperon rouge en 1948, Don Quichotte en 1949). En 1948, il crée Cricri souris d'appartement pour le Baby Journal, une série animalière qui sera reprise dans divers magazines de l'époque.

 

Calvo Cricri

Planche de Cricri souris d'appartement, série parue dans Baby Journal en 1948

 

À partir de 1953, Moustache et Trottinette – ou les voyages temporels d'un chat et d'une souris – paraît dans Femmes d'aujourd'hui, et Coquin le petit cocker (sur un scénario de Marijac, qui avait  publié en 1944 Les Trois Mousquetaires du Maquis) est publié aux éditions Gautier-Langereau avant d'être repris dans Pierrot, La Semaine de Suzette ou encore Fripounet et Marisette.

 

          Calvo Moustache1  Calvo Moustache2  Calvo Moustache3

Couvertures des reprises en album chez Futuropolis des histoires de Moustache et Trottinette

 

Calvo meurt en 1958, laissant derrière lui une cinquantaine d'œuvres.

 

Images ©Calvo et éditeurs

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 11:34

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Blexbolex a construit au fil du temps un univers en trichromie, tout de silhouettes stylisées et de grands aplats de couleurs. Modelant directement les formes sans passer préalablement par un dessin au trait, Blexbolex fait preuve d'une curiosité graphique qui semble toujours se rapporter de près aux techniques d'impression, et être toujours en éveil.

 

blexbolex dada

blexbolex vitesse

La guerre et Vitesse, illustrations parues dans la revue Dada, n°141, Le Futurisme, 2008

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Illustrations de I know how to cook, Phaidon Press, 2009

 

Un style très Art Déco, à mi-chemin entre Vladimir Lebedev et les affichistes russes, et les œuvres d'un Jacques Tati. Des silhouettes qui évoquent tantôt la figure de Tintin, tantôt celle de Popeye. Mais en définitive, un style qui a su se démarquer et se singulariser avec bonheur.

 

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In situ, illustration parue dans la revue Dada, n°122, La Photographie, 2006

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Illustration parue dans The New York Times

 

Une forte empreinte de l'esthétique des années 20-30, donc, où modernité rime avec simplicité et universalité. Une forte dimension onirique également. Et comme en clin d'œil, se retrouvent çà et là par les jeux de collage des motifs réitérés d'un travail l'autre.

 

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Illustration parue dans Märkische Allgemeine Zeitung

 

Réaliser un album en sérigraphie – séparer les couleurs en tons directs – c'est penser la saturation et la surimpression de couleurs et de formes nécessairement simplifiées. De là sans doute naît la grande complicité qui s'établit entre l'artiste et son lecteur.

 

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Illustration parue dans Télérama, 2010

 

Bernard Granger, né dans le nord de la France, à Douai, en 1966, a passé son enfance en Auvergne, à Aurillac. Après avoir suivi un parcours incertain et chaotique de 1984 à 1989 – d'Angoulême à Angoulême, via Paris (1987) et Berlin (1988) – il sort diplômé de l'école des Beaux-Arts en 1991. Il découvre la sérigraphie dans l'atelier de Jean-François Guilberteau et apprend les techniques de l'édition.

 

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Planche de Woodaddict, auto-édité en 1992 en sérigraphie sur papier kraft

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Deux albums auto-édités et le n°4 de la revue Le Dernier Cri, 1993

 

Bernard Granger fabrique son premier livre en 1992 : XXX, imprimé en sérigraphie à 50 exemplaires, vendus en un mois à la librairie Un Regard moderne dans le Marais. C'est à partir du deuxième, édité la même année, qu'il prend le nom de Blexbolex, un nom dynamique, simple, clair et identifiable, à l'image de ce que sera sa production.

 

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blexbolex ubu ru3 blexbolex ubu ru4 blexbolex ubu ru5

Coffert et livrets de la série Ubu-Ru, 1994

 

Encore deux livres auto-édités en 1993, puis Blexbolex rejoint l'équipe du Dernier Cri : il participe à la revue éponyme, publie ses premiers livres de la série Ubu-Ru, puis OXO, en 1995 : des visages pop à (dé)composer up à l'aide de 44 volets indépendants, le tout sérigraphié et relié à la main.

 

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Oxo, 1995

 

En 1996, il donne ses comics Steacknife au Chacal Puant, puis auto-édite une dernière série, Whimpy, en 1998.

 

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Sa rencontre avec Jean-Louis Gauthey à l'été 1996 est décisive. Il accepte de le rejoindre chez Cornélius et, de sérigraphe, devient rapidement directeur littéraire, lançant les collections Lucette et Louise, dans laquelle il publie son album L'enclos en 2001.

 

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Il commence véritablement sa carrière d'illustrateur jeunesse en 2001, quand il publie avec Jean-Luc Fromental Rogaton-Man au Seuil Jeunesse. Il travaille bientôt avec Thierry Magnier, Les Requins Marteaux, Albin Michel Jeunesse…

 

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Instant Crap 1, 2 et 3, CBO, 2004

 

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Bim de la Jungle, Thierry Magnier, 2004

 

En octobre 2006, son album L'Œil privé paraît aux Requins Marteaux, bientôt suivi de La longue-vue chez Thierry Magnier, en 2007, et du très beau Destination Abécédéria, toujours aux Requins, en 2008.

 

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P comme… Panique, L'Édune, 2008, et illustration de La Fêlure, Ouvroir Humoir, 2008

 

En janvier 2008, il signe le portfolio anniversaire des quinze ans de l'agence Illustrissimo, dans laquelle il est entré en 2007 : 8 planches qui retracent le parcours d'une image dans la chaîne graphique publicitaire, de l'illustrateur au client, et une sérigraphie panoramique (120 exemplaires).

 

   blexbolex Illustrateur  blexbolex redacteur

blexbolex illustrissimo

 

L'impression a été réalisé dans l'atelier de Valérie Vernet avant de rejoindre les tables de Philippe le Libraire, organisateur de l'événement. Un second tirage de 500 exemplaires, dont 250 commercialisés, a été réalisé chez Graphitec peu après, avec des couleurs différentes, en format A5.

 

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lllustration extraite de L'imagier des gens, Albin Michel Jeunesse, 2008

 

En 2009, c'est la consécration internationale : choisi parmi plus de 700 livres, son Imagier des gens (Albin Michel Jeunesse) reçoit le prix du plus beau livre du monde (Worldwide Best Book Design Award), descerné par la Goldene Letter à la Foire du livre de Leipzig . L'album se distingue par son impression offset en trichromie – bleu, jaune, rouge – trois tons directs qui, se superposant, en donnent sept. Il aura fallu près d'une année de travail à Blexbolex pour associer un mot à une image, en pensant la double page, et parvenir à créer une dynamique sur plus 200 pages.

 

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Baignade , illustrations extraites de l'album Saisons, Albin Michel Jeunesse, 2009

 

Il récidive l'année suivante avec Saisons, un album commandé par le Conseil régional du Val-de-Marne pour être offert aux nouveaux-nés cru 2010.

 

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Dans la marge, Arts Factory, 2009

 

Entre-temps, un cahier Blexbolex paraît dans la collection Dans la marge chez Arts Factory : 34 portraits « fétiches » extraits de ses carnets et retravaillées après collage – un livre effectivement en marge de sa production.

 

Blexbolex a collaboré à de nombreuses revues, parmi lesquelles Le Dernier Cri (n°4 et 8, 1993 et 1994), OBCN (n°3 et 4, CBO, 1997 et 1999), Fusée (n°8, 9 et 11, Automne 67), Ferraille (n°6 en 1999, puis n°21 à 27, en 2006, Les Requins Marteaux), Comix 2000, Le Muscle Carabine (UDA, 2007, 2008, 2009), Dada (2006 et 2008). 

 

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Couvertures et pages intérieures du n°27 de la revue Ferraille, 2006

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Illustrations pour un article sur la B42 paru dans le hors-série de la revue XXI, Histoires de Livres, 2009

 

Il a participé aux deux premiers numéros de la revue londonienne Nobrow d'Alex Spiro et Sam Arthur, tirée à 3000 exemplaires, signant la couverture du second, et a publié chez Nobrow Press deux livres, Dog Crime et une version anglaise d'Abecederia.

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Une curiosité :  Reborn Again, 48 masques dits « machés par la couleur », réalisé avec Stefanie Schilling et paru début 2010 chez United Dead Artists (UDA).

                                blexbolex reborn1   blexbolex reborn2

 

Blexbolex a publié à ce jour près d’une trentaine d’ouvrages, avec, toujours, le même soucis de qualité.
Il vit et travaille actuellement à Berlin.

 

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Illustration parue dans The New York Times

 

Bibliographie sélective :
 
Les débuts de Blexbolex et Blexbolex sérigraphe :
Cahier de Jef / auto-édité, 1992, 16 pages, 35 ex.
The Woodaddict / auto-édité, 1992, 20 pages, 50 ex. (sérigraphie sur kraft)
Legs Box / auto-édité, 1993, 26 pages, 50 ex. (photocopie)
Losts Tigers Are Falling Appart / auto-édité, 1993, 26 pages, 50 ex. (photocopie et linogravure sur papier calque)
Super Shitty Book / Hanga Roa, coll. Microbe, 1994, 12 pages, 60 ex.
Ubu-Ru n°1 à 5 / Le Dernier Cri, coll. Corps Étrangers, 1994, coffret de 128 pages, 15 ex.
OXO / Le Dernier Cri, coll. Corps Étrangers, 1995, 48 pages, 100 ex.
Steacknife n°1 et 2 / Chacal Puant, 1996 et 1997, 16 pages chacun
Whimpy / auto-édité, 1998, 8 pages
Mr Code / CBO, coll. Flûte, 2000, 12 pages, 120 ex.
Who's Who / CBO, coll. 30x40, 2000, 16 pages, 150 ex.
Instant Crap n°1, 2 et 3 / CBO, 2004-2005, 14 pages chacun, 150 ex.
Dats Fun / Le 9e Monde, 2006, 24 pages, 120 ex.
La Fêlure / Ouvroir Humoir, 2008, 24 images, 30 pages, 1000 ex.
 

Blexbolex illustrateur :
Disaster Boy / Le Dernier Cri, coll. Bikro, 1999, 32 pages, 450 ex.
Rogaton Man, avec Jean-Luc Fromental / Seuil Jeunesse, 2001
L'Enclos / Cornélius, coll. Louise, 2001
Bim de la Jungle / Thierry Magnier, coll. Tête de lard, 2004, 24 pages
L'Œil privé / Les Requins Marteaux, coll. Inox, 2006
La Longue-vue / Thierry Magnier, coll. Petite Poche BD, 2007, 48 pages
Peindre / Thierry Magnier, coll. Petite Poche BD, 2007, 48 pages
Spleen / Fotokino, 2008
Destination Abecederia / Les Requins Marteaux, 2008, 32 pages
P, album de L'Abécédaire / L'Édune, 2008, 48 pages
L'imagier des Gens / Albin Michel Jeunesse, 2008, 208 pages
Saisons / Albin Michel Jeunesse, 2009, 176 pages
Blexbolex, collection Dans La marge / Arts Factory, 2009
I Know How To Cook, text by Ginette Mathiot / Phaidon Press, 2009


+ d'infos :
Portfolio Blexbolex sur le site de l'agence Illustrissimo.
La cinquantaine de publications en revues avec visuels des couvertures à voir sur Graphzines
En vente chez Arts Factory, des digigraphies de L'Œil privé, éditions limitées à 10 exemplaires signés et numérotés (40 x 50 cm, 200 € encadrées)

Images et illustrations ©Blexbolex et éditeurs

 
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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 18:56

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The North, 1965

John Bulmer est l'un des premiers photographes à utiliser la couleur au début des années 60. À cette époque, les photographes professionnels préfèrent le noir et blanc, plus graphique et plus sérieux sur les murs des galeries. La photographie couleur est alors considérée comme vulgaire et commerciale, laissée à la publicité, aux amateurs ainsi qu'aux photos de famille ou autres albums "souvenirs".

 

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Manchester, 1977

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Halifax, West Yorkshire, 1965

John Bulmer, lui, se moque des galeries et veut faire du reportage : la couleur lui convient parfaitement pour rendre au mieux l'atmosphère de l'Angleterre post-industrielle. La ville, les gens, la brume… à une époque où les rues sont habitées, où jeux d'échanges et scènes cocasses étaient lot quotidien. Il ne s'intéresse pas à la photographie en tant qu'œuvre artistique, mais en tant que procédé journalistique. Il préfère voir ses images publiées dans les pages des magazines.

 

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Reportage sur le Nord, régions minières de l'Angleterre, dans le Sunday Times

Autodidacte fortement influencé par Life, notamment par les travaux de Larry Burrows, William Klein et Mark Kauffman, John Bulmer fut un photographe très actif de 1959 à 1979. Comme il le dit lui-même, prendre des photos aux couleurs du Nord était un vrai défi, étant donné la noire et lourde représentation que chacun en avait.

 

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Yorkshire, 1965

On est saisi par l'ambiance qui s'échappe de ses photos : de grandes rues vides, où s'amoncellent des ruines, telles des décors désertés, les gueules noires et les tronches dont il tire le portrait, les éclats de voix et de rires captés au détour d'un pas de porte ou d'un pub...

 

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Nelson, Lancashire, 1960

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Hartlepool, 1961

Si l'on retient surtout son travail humaniste sur cette Angleterre qui l'attire et le consterne à la fois, John Bulmer est l'auteur de bien d'autres reportages à travers le monde pour lesquels il a souvent utilisé le noir et blanc.

 

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Nelson, Lancashire, 1960

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Black Country, 1965

Un noir et blanc choisi pour rendre au mieux l'esthétisme, la composition de ses photos et... certains regards. Alors oui, on peut trouver mieux rendu, comme noir et blanc, plus efficace, comme composition, ou encore plus de parti pris dans l'esthétisme, mais sur chacune de ses photos, il y a quelque chose qui retient l'attention. Une présence, un détail, un clin d'œil caressés par l'objectif de Bulmer, jamais volés. Pas de spectaculaire, "seulement" de l'humain et de l'humour.

 

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Durham, 1965

Il collabore avec le Daily Express, puis Town Magazine (tout jeune magazine de mode dont la direction artistique est assurée par Tom Wolsey que Bulmer admire beaucoup), enfin avec le Sunday Times.

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Tokyo, 1963, pour le Sunday Times

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North Korea, 1973, pour le Sunday Times

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Romania, 1968, pour Venture Magazine

 

Il s'attèle ensuite essentiellement à la création de films documentaires. Son nom est pourtant peu connu aujourd'hui dans le monde de la photo, malgré son émouvant témoignage sur la classe moyenne anglaise face à la crise industrielle. Ce n'est qu'en 2000, après avoir partiellement perdu la vue, que Bulmer se replonge dans ses archives photographiques. Depuis, expositions, Unes de magazines, festivals et rétrospectives se succèdent, mettant son œuvre à l'honneur.

 


Interview de John Bulmer lors de sa rétrospective au Hereford Photo Festival, 2009

 

À 70 ans, il continue d'archiver ses photos dans la campagne d'Herefordshire, d'où il est originaire, et la plupart n'ont jamais été montrées. Beaucoup reste donc à découvrir !

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+ d'infos :
Le site internet de John Bulmer 
Un diaporama sur le site How to be a retronaut  et sur le Guardian en ligne
Un interview sur le site du Professional photographer

 

Photographies ©John Bulmer ; Unes et extraits de magazine ©Sunday Times

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 14:22

Silvestre

 

En France, nous l'avons découvert sous le nom de Silvestre, quand les éditions Amok ont fait paraître Relations (1995), puis Simple (2000), deux albums marginaux, dits minimalistes, dans lesquels l'auteur s'interroge sur la création et la narration en bande dessinée, en démontant les ressorts et artifices.

 

Silvestre Relations1  Silvestre Simple1

Couvertures françaises de la réédition de Relations (Amok, 1999) et de l'édition originale de Simple (Amok, 2000)

 

Les personnages découvrent avec amertume l'ironie de leur nature et de leur sort, les limites liées à leur fonction née de l'encre et du papier.

 

Silvestre Relations2  Silvestre Relations3

Silvestre Relations5  Silvestre Relations4

Silvestre Relations6  Silvestre Relations7

Planches extraites de Relations

 

Puis le double fictionnel de l'auteur poursuit son travail de sape, s'accrochant fermement en bas à droite de chaque case de l'album Simple, pour dénoncer l'hypocrisie, refuser de participer au mensonge et stopper le récit, jusqu'à devenir pure fiction.

 

Silvestre Simple2  Silvestre Simple3

Silvestre Simple4  Silvestre Simple5

Silvestre Simple6  Silvestre Simple7

Silvestre Simple8  Silvestre Simple9

Planches extraites de Simple

 

Or ce travail, qui a marqué les esprits à juste titre, fait un peu figure de parenthèse au sein de l'œuvre prolifique et majeure d'un des maîtres du dessin en noir et blanc espagnol.

 

Au moment, donc, où on découvre le travail de Silvestre, Federico Del Barrio Jiménez est déjà un dessinateur accompli. Né à Madrid en 1957, il publie ses premiers dessins en 1980 dans la revue française Pilote (Jardín), puis dans les revues espagnoles Nueva Frontera, Tótem, Bumerang, Rambla, Cimoc (Tierra S.A., en 1982, avec l'écrivain Pérez Navarro).

 

Barrio Tierra

Planche de Tierra S.A., série publiée dans la revue Cimoc en 1982

 

À partir de 1984, il participe activement à la movida, et devient un collaborateur régulier de la célèbre revue Madriz, dirigée par Felipe Hernandez Cava. Il y publie jusqu'en 1987, avec Elisa Gálvez au scénario, une série de courtes histoires qui marquent une véritable rupture avec les conventions du genre.

 

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Planche de Del Barrio et Gálvez publiée dans la revue Madriz

 

Ses premiers travaux sont réunis dans un album de compilation, La orilla, en 1985.

 

Barrio Orilla

 

Planche de La orilla, Del Barrio et Gálvez, Sombras, 1985

 

Les  Cahiers de la Bande Dessinée lui consacrent en France leur numéro 75 en 1987. L'année suivante, il commence à travailler en tant que responsable des illustrations pour la revue espagnole Medios Revueltos et publie avec Cava le premier tome de la trilogie d'Amoros, Firmado Mister Foo. Le second album de compilation de ses premiers travaux, Léon Doderlín, paraît en 1991.

 

Barrio Doderlin

Planche de Léon Doderlín, Casset, 1991

 

Barrio Derechos

Planche de Del Barrio parue dans Los derechos del niño, collectif, Ikusager, 1991

 

Parallèlement à son travail de dessinateur, Del Barrio s'intéresse de près au théâtre. Il écrit en 1993 son premier texte, El dia que volo Renata, pour une compagnie madrilène de théâtre alternatif, El Canto de la Cabra, créée en 1992 par Elisa Gálvez, avec qui il a longtemps collaboré à la revue Madriz. Une année prolifique qui voit paraître quatre albums de Del Barrio en collaboration avec Felipe Hernandez Cava, qui lui commande le deuxième volet d'une trilogie sur le conquistador espagnol Lope de Aguirre. Le premier volet avait été dessiné par Enrique Breccia, le fils du grand Alberto Breccia, en 1989. Le dessin en couleur de Del Barrio se révèle époustouflant, digne du meilleur de Breccia en la matière.

 

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Planches extraites de Lope de Aguirre. La Conjura, 1993

 

Les trois autres albums sont les trois derniers volets de la série Las Memorias de Amorós publiés, avec Felipe Hernandez Cava au scénario, par Ikusager. D'un style très différent, qui fait la part belle à la précision du trait, aux perspectives et jeux de lumière du noir et blanc, Del Barrio excelle. Le premier volet,  Firmado Mister Foo, avait été publié en 1988.

 

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Planches extraites de Signé Mister Foo, Amok, 2000

 

La mahistrale trilogie historico-policière Les Mémoires d'AmorosSigné Mister Foo, La Lumière d'un siècle mort, Les Ailes calmes – est publié chez Amok puis Frémok entre 2000 et 2004. Avec le personnage d'Angel Amoros – double du rédacteur en chef du journal anarchiste La Tierra Eduardo de Guzman, qui fut arrêté, emprisonné et condamné à la peine de mort au moment de l'arrivée au pouvoir de Franco, et qui se tourna vers la littérature policière après sa libération – les deux compères s'attaquent à la période trouble de l'Espagne qui précède la fameuse guerre de 1936, au passé colonial du pays qui a vendu les Philippines en 1898 aux Américains, à son histoire mouvementée, de la guerre d'Afrique à l'inévitable guerre civile.

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Planches extraites de La Lumière d'un siècle mort, Amok, 2001

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Planches extraites de La Lumière d'un siècle mort, Frémok, 2004

 

On songe au travail entrepris par Alberto Breccia et Juan Sasturain sur l'histoire de l'Argentine et la dictature des généraux dans Perramus.
 
En 1996, Federico Del Barrio devient codirecteur de la revue El Ojo Clínico. Deux ans plus tard, il publie quotidiennement sous le pseudonyme de Cain, toujours avec Cava, des vignettes humoristiques dans le journal La Rázon.
 
Le Piège, paru en 2008 chez Actes Sud, est un roman graphique mêlant les réflexions sur la bande dessinée comme médium artistique et sur le destin de l'Espagne durant la période franquiste, impliquant la responsabilité morale de l'artiste dans la société.
 
Son dernier travail, El hombre de arena, adaptation par Mai Prol d'un conte d'Hoffman, a été publié cette année, avec des dessins en noir et blanc en pleine page. On reconnaît là encore un dessins très proche du Breccia de Dracula.

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Barrio Hombre3

Planches extraites de El hombre de arena, De Ponent, 2010

 

 

Pour l'exposition Cent pour cent bande dessinée, présentée en 2010 au festival d'Angoulême et reprise à la Bibliothèque Forney (jusqu'au 8 janvier 2011), Del Barrio a travaillé à partir d'une planche de… Breccia.
 
 
Bibliographie :
 
La orilla / Sombras, 1985 (compilation des histoires publiées dans Madriz avec Elisa Gálvez)
Léon Doderlín / Casset, 1991 (compilation des histoires écrites par lui-même ou avec Elisa Gálvez dans Madriz et Medios Revueltos)
Relations (sous le pseudonyme de Silvestre) / Amok, Octave, 1995
Simple (sous le pseudonyme de Silvestre) / Amok, Octave, 1999
El hombre de arena, scénario de Mai Prol, adaptation d'un conte de Hoffman / De Ponent, 2010
 
Avec Felipe Hernandez Cava au scénario :
Firmado Mister Foo, 1988 / Signé Mister Foo, Frémok, Octave, 2000
Lope de Aguirre. La Conjura, 1993 (deuxième volet d'une trilogie scénarisée par Cava, dont le premier, La Aventura, a été dessiné par Enrique Breccia en 1989, et le troisième, La Expiación, par Ricard Castells en 1998)
La luz de un siglo muerto / Ikusager, 1993 / La Lumière d'un siècle mort, Frémok, Octave, 2001
Las alas calma / Ikusager, 1993 / Les Ailes calmes, Frémok, Octave, 2004
Ars Profetica / Ikusager, 1993
El artefacto perverso / Planeta, 1996, primé au salon de Barcelone de 1997 / Le Piège, Actes Sud, L'An 2, 2008
Caín / Nausicaa, 2007 (compilation des vignettes humoristiques parues dans La Rázon)
 
Écrits pour le théâtre (El Canto de la Cabra) :
El dia que volo Renata, 1993
Viaje al Tartaro, 1995
Caín, 1998
¿Qué? Nada, 2000
 
Collectifs :
Los derechos del niño / Ikusager, 1991
Pop Español / Casset, 1991
L'Argent roi, 1994
11 M. Once miradas, 2005
Dibujando el Transcantábrico, 2009
 
 

+ d'infos :
Un bon papier sur Federico Del Barrio, à lire sur le blog d'Emmanuel Andres, Deskartes Mil (en espagnol) 
Sur la trilogie Lope de Aguirre de Felipe Hernandez Cava, dont les volets ont été dessinés par trois dessinateurs différents, lire l'étude de Jan Baetens, « Une “autre” histoire. Les leçons de la forme dans la bande dessinée historique espagnole »
Sur la trilogie Les Mémoires d'Amaros, voir le site des éditions Frémok
 
 
Illustrations ©Silvestre / Federico Del Barrio et éditeurs

 

 

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 11:23

 

À mi-chemin entre Tomi Ungerer et Savignac, mi-affichiste, mi-illustrateur et plasticien bidouilleur, il y a le Breton Jean Jullien. Ce jeune artiste graphique travaille depuis quelques années à une œuvre directement inspirée de la culture populaire de son enfance et de celle d'aujourd'hui. Il en reprend les slogans et utilise des techiques de publicité pour créer un univers dorénavant très cohérent, avec des héros et des messages qui se répondent au fil de ses créations, qu'elles soient en papier, en 3D, ou mises en scène dans une vidéo.

 

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Devil, Lyrics, Eugène et Pauline, 2009 - petit recueil de sérigraphies tiré à 100 ex, numérotés et signés - 45€

 

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Facebook

 

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What's wrong with Josephine ?

 

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Expo It fell down the Stairs, Galerie des Arts Graphiques, 2009

 

Avec déjà plus de 20 expositions à son actif, Jean Jullien collabore avec The New York Times, le Centre Pompidou, Nike, The Guardian, Waterstone's, Yale University, Les Inrocks, Plac Jeans... et il n'est plus rare de croiser sa route au détour d'une page ou d'une rue (affiches de festivals...).

 

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Table man, au Russian Club, à l'occasion de l'exposition Designers Furniture du 25/06 au 03/07/2010

 

Catastrophe, Niwouinwouin, clip réalisé par Jean Jullien - très réussi !

 
Il travaille également pour le groupe de son frère, Niwouinwouin, dont il réalise clips, pochettes, flyers et affiches.

 

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Vous pouvez voir une partie de son travail à la Galerie des Arts Graphiques (GAG), dans une très belle expo Machin Machine concernant les machines de notre quotidien (ordinateurs, téléphones portables, appareils photo...) . Jean Jullien avait déjà exposé dans les murs de cette petite galerie très agréable en 2009.

 

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Ci-dessous, une vidéo par France 3 du montage de sa première expo à la GAG en 2009, It fell down the stairs :

 

 

Son œuvre est (faussement) simple et efficace : graphique, en bref. Avec l'humour en prime !

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Jean Jullien devant son mur d'objets en bois à la GAG, décembre 2010


L'expo dure jusqu'au 8 janvier 2011, vous trouverez bien un moment pour y faire un petit (dé)tour !

 

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Waterstone's

 

Diplômé de la Central Saint Martins en 2008, Jean Jullien vit actuellement à Londres où il continue ses études au Royal College of Art.
 

+ d'infos :
Son site, présentant consciencieusement la majeure partie de son travail ainsi que son actualité, régulièrement mise à jour
Jean Jullien, Michel Lagarde, 2009 - 8€ - petit livre disponible à l'expo ou en ligne sur le site de la librairie nantaise L'Index
Galerie des Arts Graphiques • 4 rue Dante • 75005 Paris • 01 43 54 26 01 • jusqu'au 8 janvier 2011
Interview sur le blog Illustrissimo

 

Et un bonus, parce qu'on adore cette vidéo :

 

The wine drinker, dessin réalisé pour le projet Draw Like a Monkey, à Amsterdam - Musique par Niwouinwouin

 
 
Œuvres ©Jean Jullien ; Photos expo Machin Machine ©Gone Fishing 

 


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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 16:39

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2 février 2010

 

Depuis 2006, Garance Doré nous confie ses états d'âme fashion avec une régularité exemplaire, en postant illustrations, photos, et textes légers (mais attention, pas idiots) non dénués d'humour et d'un certain sens de l'autodérision.

 

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Le premier dessin posté sur son blog en 2006, et un autre, publié en janvier 2007. On part de loin...

 

Au départ illustratrice pour Vogue, ses dessins frais, drôles et très stylisés sont facilement reconnaissables. Elle a su développer (et on peut voir l'évolution de ses dessins sur son blog) une touche bien à elle, là où les illustrations des magazines féminins se ressemblent bien souvent ou ne sont que les pâles copies de ce que d'autres ont fait mieux. Les dessins "girly" de Soledad Bravi, Pénélope Bagieu ou encore Margaux Mottin... font bien triste mine aux côtés des silhouettes élancées des parisiennes de Kiraz.

 

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18 février et 21 mars 2008 – un style qui n'est pas sans rappeler les croquis des stylistes des 50's-60's

 

Bref, Garance Doré, ne trouvant pas autant de liberté d'expression qu'elle l'aurait souhaité, commence son blog en juin 2006. Rapidement, ses dessins et son ton enlevé associés à un jargon qui lui est propre, dans la lignée de celui de Fonelle, séduisent de plus en plus de lecteurs.

 

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2 février 2008 – ses essais sont au départ assez statiques et posés, comme la plupart des blogs photos street style

  

À partir de 2007, Garance s'essaie petit à petit à la photo street style, devenant rapidement une des références les plus en vue comme photographe de looks de la rue, et mêlant désormais illustrations et photos dans ses articles.

 

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18 septembre et 15 juillet 2008

 

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29 juillet et 12 septembre 2008

 

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19 mai 2008

 

Les illustrations sont bonnes et inédites, les photos sont chiadées mais spontanées. La recette fait mouche et on la sent gravir les échelons au fur et à mesure qu'elle poste ses articles depuis divers endroits du monde. Garance réalise son premier shooting, pour Elle, le 30 mars 2009 et les enchaîne maintenant, alliant stylisme et consulting pour les grandes maisons.

 

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9 juin et 18 mai 2009
Garance met en scène ses photos et illustrations et n'hésite pas à ajouter du texte, à la manière d'un carnet de bord

 

Beau parcours, en seulement quelques années. Preuve qu'un site perso, ou un blog, peuvent grandement aider à faire connaître son talent et à trouver ses lecteurs. Elle ne poste presque pas de photos d'elle, contrairement aux autres blogueurs, et pourtant, en moins de temps qu'il n'en faut à un sac pour devenir it-bag, Garance Doré devient la plus connue des blogueuses françaises.

 

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26 septembre 2008

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22 février 2008 et 9 septembre 2009

 

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14 juin 2010

 

Elle s'est récemment mise à la vidéo, mais là, en revanche, ce n'est vraiment pas ce qu'elle fait de mieux. Ses petits montages sont un témoignage ludique, mais ils ne sont pas franchement très bien faits, ni très originaux. On préfère quand son œil de fashion-addict repère une silhouette ou ses précieux détails.

 

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26 août 2010

 

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19 janvier 2010

 

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19 février et 12 novembre 2009

 

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28 septembre 2009

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Pitti Uomo, 18 janvier 2010


Garance n'est pas parfaite, elle ressemble à une jeune parisienne dans l'air du temps, bien dans ses pompes et n'en revenant pas de s'amuser autant à travailler. Elle est gaffeuse, aime bien les anecdotes, les belles et les bonnes choses. Ses détracteurs diront qu'elle est bobo et futile, mais lorsqu'on apprécie la mode, les belles silhouettes, Garance Doré c'est Vogue sans les pubs, sans les articles bidons et avec un zeste de fraîcheur en plus ! En revanche, soyez indulgents, elle a changé récemment le design de son site et certaines photos sont pour l'instant un peu pixellisées, sans doute à cause du changement de format.

 

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21 août 2009 

 

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6 février et 30 novembre 2009 – du style, même sous la pluie

 

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14 septembre 2009 – Garance Doré en pleine action, à droite 

 

 La plupart des blogueurs se prennent plutôt au sérieux, manquent de recul et ne sont pas forcément très pertinents. Leur influence dans ce tout petit monde où beaucoup de choses se chuchotent se fait sentir depuis ces trois dernières années, mais la consécration est arrivée l'année dernière avec l'invitation des plus connus aux (parfois premiers) rangs des défilés, faisant quelque peu grincer des dents les rédactrices modes cramponnées depuis belle lurette à leur place de choix. Nombreux sont ceux qui ont cédé aux sirènes de la gloire et dont le blog est devenu un écrin à publi-communiqués et à billets sponsorisés. Garance Doré a certes signé avec une régie publicitaire, mais la zone de pub est clairement délimitée, et non cachée insidieusement dans un de ses articles.

 

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Pour Jil Sander, 10 septembre 2010

 

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Diane Kruger, 15 mai 2010 ; Alexa Chung, 23 février 2009


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29 juin 2010

 

Elle réussit pour l'instant à garder la tête relativement froide et surtout ce ton léger et pertinent qui l'a fait connaitre. Bien sûr, on voit son pouvoir d'achat évoluer au fil du blog et ses billets parlent de plus en plus du monde du luxe et des personnes qui y font la pluie et le beau temps, puisqu'elle les côtoie maintenant de près – mais tant qu'elle garde ce ton enjoué, ses dessins et ses photos, témoins d'une époque et d'un monde futile mais drôle et touchant, nous continuerons de l'apprécier !

Une épicurienne dans le monde impitoyable de la mode ? Bon vent !

 

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7 juin 2010

 

+ d'info :
Le blog de garance Doré – Son tout premier blog est encore ICI, mais il n'y a plus beaucoup d'illustrations
Une fille un style, rubrique de Garance Doré chez Vogue
La quasi-totalité des articles qui lui ont été consacrés est disponible dans la rubrique "Presse" de son blog

 

 

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Garance Doré, par Nil Erturk – ©Nil Erturk

 

Photos et illustrations ©Garance Doré, sauf mentions contraires


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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 23:33

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Henri Meunier est un poète.

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L'Autre fois, Le Rouergue, 2005


Un poète bordelais qui a découvert assez tard qu'il pourrait faire de ses mots et de ses dessins son métier. Mais comme il n'est jamais trop tard, il a décidé d'en vivre, mettant de côté son boulot de travailleur social. Il se consacre totalement à cette activité depuis 2002.

 

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à gauche, illustration de Régis Lejonc, à droite celle d'Henri Meunier. Chute Libre n°2, tiré à 280 exemplaires, série thématique gratuite publiée avec des illustrateurs amis du temps de leur atelier bordelais dans le quartier St Pierre


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C, collection L'Abécédaire dirigée par Régis Lejonc à L'Edune, 2007

 

Il glane beaucoup d'images ici ou là, tirées de livres anciens, de vieux cahiers, de gravures, et les intègre à ses dessins en utilisant aussi bien l'ordinateur que la gouache, l'encre et les crayons de couleurs.

Côté texte, Meunier réussit à mêler douceur et humour parfois grinçant, s'inspirant beaucoup de contes populaires et de vieux adages pour mieux les détourner.

Il est parfois également là où on ne l'attend pas, mettant en couleurs l'adaptation BD très réussie d'Alfred du saisissant roman Je mourrai pas gibier de Guillaume Guéraud (Le Rouergue, 2006). 

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La Crevette, Atelier du poisson soluble, 2006


Cela dit, ce que nous préférons, ce sont ses collaborations avec Régis Lejonc (aux illustrations), son comparse d'atelier bordelais. Nous en parlerons...

 

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La Famille ogre, L'Atelier du poisson soluble, 2004

 

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Chute Libre n°1, un dépliant de 8 illustrations glissé dans une pochette transparente.

Ici à gauche Henri Meunier, à droite Régis Lejonc

 

Biblio sélective :
 
Auteur-illustrateur
La Crevette, Atelier du poisson soluble, 2006
L'Autre fois, Le Rouergue, 2005
La Famille ogre, L'Atelier du poisson soluble, 2004
Ernest : l’enfant qui ne volait pas bien haut, Varia, Le Rouergue, 2004
Ronde de nuit, Le Rouergue, 2002
Méêêêtro, boulot…, Le Rouergue, 2001
 
Illustrations de Régis Lejonc
La Mer et lui, Varia, Le Rouergue, 2004
La Môme aux oiseaux, Varia, Le Rouergue, 2003
 
Illustrations de Thierry Murat
Kommunikation zéro, Le Rouergue, 2003
 
Typographie de Célestin
Ronde de nuit, Le Rouergue, 2002
 
Illustrations de Joanna Concejo
Grand et Petit, L' Atelier du poisson soluble, 2008

 

 

+ d'infos :
Son site web
Interview très complet sur Citrouille

 

Illustrations ©Henri Meunier et éditeurs et ©Régis Lejonc

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